Nesbo_Rouge_GorgeRouge-Gorge, Jo Nesbø, Trad. Alex Fouillet, Gaïa, 2004.

J'ai déjà parlé à plusieurs reprises de cet auteur norvégien, notamment de l'excellentissime Bonhomme de neige, et du très bon L'homme chauve-souris.

C'est donc sans trop de surprise que j'ai aimé ce Rouge-Gorge.

Cette fois, Harry Hole reste en Norvège (après l'Australie et la Thaïlande) où il commence par foirer une mission de haute importance diplomatique. Du coup, le bonhomme, sensible et fragile en dedans malgré son mètre quatre-vingt dix athlétique, se retrouve une fois de plus plongé dans la bière (à mon avis, il ne va jamais s'en sortir, celui-là non plus... Héros de polar, c'est mauvais pour le foie.).

Et paf ! On l'envoie courir après un fusil genre "à tuer l'éléphant du premier coup", que son importateur pourrait bien destiner à un méchant attentat sur le sol norvégien...

Je ne vais pas être original en disant que le bon polar vaut par deux choses essentiellement : une intrigue assez bien bricolée pour qu'on s'y creuse un peu la tête et s'y laisse un peu rouler, et une entrée dans des univers (lieux, époques, milieux sociaux, personnages...) que l'on ne fréquenterait pas forcément sans ce biais.

De ces deux points de vue,  Nesbø a encore une fois réussi son coup.

De l'intrigue, je n'en ai déjà que trop dit. J'ajouterai quand même que l'ami Jo laisse la porte ouverte sur une future enquête de l'inspecteur Hole. Tous les salauds ne sont pas punis à la fin du récit. Gageons que cette injustice sera réparée dans un prochain bouquin (Rue Sans-Souci ?) Quant au reste, disons que ce récit nous entraîne au cœur de la Seconde guerre mondiale et des légions de volontaires SS norvégiens. Et de l'attitude, collective, institutionnelle ou individuelle des Norvégiens pendant la guerre. Sur quoi nous n'avons guère de leçons à leur donner... Avec un crochet du côté des néo-nazes (is) contemporains.

Le récit alterne (classique, mais efficace) passé et présent, forcément liés, mais le lecteur se perd à essayer de démêler ces liens (on comprend pourquoi à la fin : que celui ou celle qui ne s'est pas fait avoir le proclame haut et fort. J'y paie des frites.)

Et puis, à chaque fois, les bouquins des Nordiques me rassurent. Malgré le raz-de-marée de la "culture mondialisée", certains particularismes restent solidement ancrés, comme des harpons (norvégiens) dans le bide d'une baleine (à bosse, si l'on veut).
Voici par exemple ce que l'on ne trouverait JAMAIS dans un polar écrit par, disons, un Toulousain : "Que fabriquait-elle, au nom du ciel ? Ils avaient dit sept heures et demie, et il était bientôt huit heures moins le quart." (sic)