51RDPZKBTKLL'homme chauve-souris, Jo Nesbø, trad. Elizabeth Tangen et Alexis Fouillet, Gaïa Edition, 2002.

Comme un bon cassoulet

Il en est du polar comme du cassoulet. Les ingrédients sont connus, toujours identiques. Mais on ne s'en lasse pas. On peut pourtant s'en régaler comme le trouver franchement mauvais. Et comme le cassoulet, le polar souffre d'une production industrielle qui l'affadit et lui fait perdre sa saveur. Trouver un bon cassoulet n'est pas si facile...

Jo Nesbø sait faire du bon cassoulet.

A la base, un enquêteur. Ici il s'appelle Harry Hole (je crois que ça se prononce "Houli"), un peu abîmé comme il se doit, en l'occurence par une dépendance à l'alcool, sa responsabilité subséquente dans la mort d'un collègue et une vieille histoire d'amour qui le tisonne encore. Un héros avec ses faiblesses, donc, mais bien sûr avec aussi un petit plus qui rend ses aventures plus intéressantes que celles du brigadier du coin. Lui est têtu comme une mule et plutôt honnête et droit. Et doué.

Ensuite, un peu de dépaysement ne nuit pas, et cette enquête se déroule en Australie. Ça, l'Australie, ça en jette toujours, c'est forcément exotique pour plein de monde (sauf les Australiens, mais ils ne sont pas si nombreux).

Et puis un peu de peinture sociale, la vraie vie des vraies gens, pas ceux des films de Woody Allen ni des séries californiennes. Là, on découvre un peu l'histoire et la situation des Aborigènes, le Sydney underground, un village hippie, et que certains états sont plus conservateurs que d'autres. Bref, on referme le livre un peu moins ignorant.

Mais de bons ingrédients ne seraient rien sans ce je ne sais quoi* (en français dans le texte) qui distingue le William Saurin du cassoulet de Marie-Ange (ou de tata Nicole). Le talent, quoi.
Et ben on est servi. Le liant entre toutes ces bonnes choses est une intrigue bien fichue, mélange de personnages insolites, de suspense bien dosé, de doute savamment distillé, de fausses-pistes traîtreusement glissées de ci-de là. Et on se régale.

Si le menu vous tente, vous pourrez sans risque essayer Les cafards, qui se passe en Thaïlande, ou encore Le bonhomme de neige, dernière création en date (traduite tout au moins).

Voilà, bon appétit !