Le plombé polonais

La rage

C'est bien, l'Europe. Pas la machine à fabriquer de la concurrence libre et non faussée que les Européens dégueulent dans un assez bel ensemble d'ailleurs. Non, l'Europe, ce "continent" composé d'une mosaïque de peuples et de cultures. Dont la richesse se traduit entre autres dans le polar. Plus personne (de fréquentable en tous cas) n'ignore les petites (et grosses) pépites du polar nordique (ou sinon, vous en trouverez quelques exemples dans ce blog ou, encore mieux, sur celui de J-M Laharrère : ).

Eh ben il semblerait bien qu'il faille désormais compter sur le polar de l'est. En tous cas, avec Zygmunt Miłoszewski la Pologne tient son Jo Nesbo ou son Indridason.

La Rage est le troisième tome des aventures du procureur Teodor Szacki, et ça m'a donné une furieuse envie de me jeter sur les deux premiers pour les dévorer (tu as noté la métaphore filée, le lien avec le titre : La Rage ? Bien. C'est mon côté prof, ça.)

Parce que Miloszewski te fait du très bon polar, où la tension monte petit à petit pour finir carrément en thriller-haletant-pèdge-teurneur. Parce que ses personnages sont très bons, à commencer par celui du procureur Teodor Szacki, M. Balai-dans-le-cul, shériff implacable et fin limier redouté des malfrats et baladé par ses femmes (sa régulière et sa fille ado) mais qui évite l'archétype con-con du modèle américain grâce à une ironie et un humour froid qui épargne rarement son pays et ses semblables.

Parce que son intrigue est bien emberlificotée comme il faut, pleine de surprises, fausses pistes et coups de théâtre (bon, c'est vrai, parfois son super-génie du mal est peut-être un poil trop super-génie du mal pour qu'on y croie complètement, mais on ne va pas bouder son plaisir pour si peu).

Et parce qu'il nous offre, comme tout bon polar qui se respecte, une vision de son pays, en l'occurrence un regard pour le moins peu complaisant sur une Pologne vue à travers le prisme d'une ville moyenne moche, mal foutue, au climat dégueulasse, et aux dirigeants incompétents. Ce qui lui vaut paraît-il une détestation générale de la part de ses concitoyens...

Alors, quand même, que je te dise un peu de quoi il s'agit.

Ca commence avec la découverte d'un squelette tout propre. Pour Teo (je me permets ce diminutif familier en raison de l'orthographe un peu compliquée pour nous Latins de la langue polonaise) s'occuper de classer ce cas n'est qu'une formalité : il s'agit à tous les coups d'un vieux cadavre de l'époque où la région était allemande, comme il en surgit de loin en loin. Eh ben perdu ! Le mort est tout récent, et du coup son état de squelette tout propre et tout bien rangé ne peut absolument pas être normal... Secondé par un jeune et brillant assistant, son quasi-clone encore plus psychorigide que lui, le proc' mène l'enquête. Et c'est pas piqué des vers, sans mauvais jeu de mots. En gros, il est pas mal question des violences faites aux femmes, des bourreaux ordinaires, de la lâcheté des témoins, bref, tout ce qui ajouté à la boue froide et à la grisaille de l'hiver polonais ne manque pas de te donner envie de te couvrir d'un chapeau de paille et de sortir chanter à tue-tête "Ca fait rire les oiseaux, ça fait chanter les abeilles..."

[S'interroge une fois de plus sur ce plaisir un peu maso qu'il y a à se plonger dans des bouquins qui t'entraînent au profond du noir de l'âme humaine...]