Genesis - Karin Slaughter
Genesis, Karin Slaughter, Grasset col. Thriller, 2012
Très très thriller.
Bon. On a là un thriller. Ce n'est pas toujours ma tasse de thé préférée, mais quand ça marche, ça marche. Un thriller, il faut que ça prenne à la gorge, que ça accélère le rythme cardiaque et de lecture, que ça raccourcisse les nuits, que ça rende momentanément asocial, injoignable, laconique.
Eh ben c'est réussi. Et pour ce faire, les ingrédients sont toujours les mêmes. D'abord, trouver un tueur (en série si possible) bien ravagé du casque (là, c'est OK), avec un rituel bien bien pervers, bien vicieux, bien tordu (OK aussi). Avec un petit détail ou deux qu'on n'a encore jamais lu ni vu dans la multitude des thrillers qu'on peut lire ou voir (c'est un genre qui marche bien, et qui nourrit bien son homme apparemment. Demandez à Grangé, Ludlum et aux héritiers Larsson). Ok encore.
Mais ça ne suffit pas. Il faut lui mettre au cul, à ce taré malfaisant, un ou deux enquêteurs (ici, c'est deux) qui vont lui renifler la piste comme un airedale terrier, et qui vont si possible se traîner eux aussi un petit traumatisme, sinon ils ne seront pas très intéressants et on ne tiendra jamais 500 pages. Là aussi, c'est OK. Une fliquette qui découvre coup sur coup sa grossesse et un méchant diabète, et un flic issu de l'Assistance publique, illettré, dyslexique, et même infichu de distinguer sa droite de sa gauche, ou l'inverse (là, j'avoue qu'un gros doute ne m'a jamais lâché : on devient inspecteur sans jamais écrire une ligne, aux Stètes ??? Mais bon, il paraît que du coup il est devenu super fort en stratégies de contournement. Faut croire.) Ah et puis, quand même, celle qui est presque aussi un personnage principal, une belle médecin ex-légiste, elle aussi abîmée par la vie.
Et puis saupoudrer avec quelques considérations sociales, scientifiques, ou médicales, histoire qu'en prime on apprenne un truc ou deux en lisant. Là aussi, y'en a. Je suis désormais quasi incollable sur l'anorexie et le diabète grâce à Karin Slaughter.
On dirait que je prends tout ça de haut, genre "on ne me la fait pas à moi", mais non, mais non. Parce que ça marche. C'est comme la drague. Tout le monde connaît toutes les ficelles, mais quand c'est bien fait ça marche (on me l'a assuré). Eh ben là, c'est pareil.
Voilà. Vous n'êtes pas obligés de le commencer, ce bouquin. Mais une fois que c'est fait...
La patrouille de l'aube - Don Winslow
La patrouille de l'aube, Don Winslow
On reprend la vague
Eh ben oui, me revoilà. Oh, c'est pas pour repartir comme en 14, non, j'annonce tout de suite la couleur : les publications risquent d'être espacées, hein !
Mais bon, l'envie revient. Back to black. But not que.
Alors pour se remettre en appétit, rien de tel qu'un auteur bien confirmé. On minimise le risque de déception.
Le bon, c'est Don Winslow. Le bouquin, c'est La patrouille de l'aube. L'histoire c'est :
Boone, privé et surfeur. Ou plutôt Surfeur d'abord, et privé quand il le faut pour payer l'excédent de factures en retard. Boone a sa bande de potes, surfeurs comme lui, tous de sacrées personnalités, sinon c'est pas rigolo. La patrouille de l'aube, c'est eux. Avec dans la bande un sacré canon de nénette qui est plus ou moins la sienne, enfin-c'est-compliqué. Sinon, le swell, les good vibes, Brice de Nice, mais en sérieux. C'est pas plus con qu'autre chose, hein, et puis ça fait de belles épaules.
Mais Boone le coolos trimbale sa part d'ombre : quand il était flic, la disparition d'une petite fille, le coupable probable qu'il a laissé filer... Ça le ronge un peu, forcément.
Bon, comme il est privé, quand même, on lui confie une mission : retrouver une strip-teaseuse qui est aussi témoin-clé dans une bien sombre affaire d'arnaque à l'assurance. Au début, il dit non, parce qu'on annonce l'arrivée de ZE méga-houle de folie (genre : Point Break) et que pour un surfeur, rater ça, c'est comme rater le premier jour des soldes pour une conne.
Évidemment, s'il avait persisté dans son refus, le bouquin aurait perdu l’essentiel de sa matière, et je n'en parlerais pas ici. Donc, il s'y colle, et ça va l'amener vers des trucs qui puent carrément, genre prostitution de fillettes mexicaines clandestines, brr.
Bon, j'ai l'air de le débiner un peu, le bouquin, comme ça, mais en vrai, c'est un bon petit polar. A son crédit, on y découvre San Diego et son histoire, des trucs sur la culture Maorie et Hawaïenne, et quelques bons passages de surf qui glissent tout seuls.
La construction respecte les lois du genre, l'intrigue est gaulée comme des fesses de surfeuse (solide et tendue), avec quelques bonnes scènes d'action et de baston assez cinégéniques, je dirais.
A lire, sur la plage par exemple. A La Réunion.
Résurrection !
On ferme !
Eh ben voilà, ça y est. On passe à autre chose.
Une bonne adresse ?
Ben, là :
http://actu-du-noir.over-blog.com
Bonnes lectures à vous !
La route de Gakona - Jean-Paul Jody
La route de Gakona, Jean-Paul Jody, Seuil, 2009.
A divers points du globe, des radio-amateurs sont assassinés par des professionnels, qui prennent bien soin de maquiller leurs méfaits en suicides.
Mais une famille d'irréductibles Gaulois refuse de croire que Pépé s'est donné la mort. Et engagent le détective Kinscoff pour le prouver. Celui-ci, bardé d'une assistante ("stagiaire", c'est dans l'air du temps) jeune, jolie, obstinée et qui garde par-devers elle un (lourd) secret, sent bien qu'il y a anguille sous roche, et les ennuis commencent.
Car là, ils s'attaquent à du gros. En résumé, le complexe scientifico-militaro-industriel étatsunien reprenant à son compte les travaux du savant fou Tesla sur les ondes magnétiques envisage le moyen de... manipuler le climat (du gros, vous dis-je !) voire (pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? ) déclancher à distance séismes et tsunamis... Bien sûr, les services secrets du monde entier vont se lancer aux trousses de nos enquêteurs nationaux, mais ceux-ci, qui sont bien malins, vont passer leur temps à leur échapper, de la Norvège au Canada et jusqu'aux confins de l'Alaska.
J'avoue être resté parfois perplexe à la lecture de ce bouquin qui joue allègrement de la Théorie du Complot (Meyssan, à côte, c'est T'choupi et Doudou à la ferme) : le réchauffement climatique ? Une manipulation. Un raz-de-marée en Birmanie ? Un bon moyen d'envoyer de faux humanitaires (et vrais espions, bien sûr). Le tremblement de terre au Sichuan ? Je vous laisse deviner...
Voilà, on est dans la vague Dan Brown, Maxime Chattam, et de plein de ces thrillers américains produits comme en série, et dont on fait beaucoup de films ; bref, l'histoire de "l'individu presque lambda face au Système (occulte)", qui n'est habituellement pas franchement ma tasse de thé.
N'empêche que je me suis laissé prendre par construction du récit (certes classique, mais efficace), de la tension permanente, du rythme haletant, et des personnages finalement plutôt attachants, qui font "se tourner les pages toutes seules".
A recommander, aux amateurs du genre.
Les morsures de l'ombre - Karine Giebel
Les morsures de l'ombre, Karine Giebel, Fleuve Noir, 2007.
Prix SNCF du polar français 2008 (entre autres)
Le commissaire Benoît Lorand se réveille dans une cage, au fond d'un garage. De l'autre côté de la grille, une belle jeune femme dont il pensait la veille faire sa petite incartade extra-conjugale de la semaine... Une vrai psychopathe, animée d'une terrible soif de vengeance. Mais pourquoi ? Pourquoi lui ? Cette question, Benoît n'a pas fini de se la poser...
J'ai dévoré ce thriller en une demi-nuit. Impossible, vraiment, de lâcher ce bouquin tant l'intrigue est prenante, le mystère intrigant, les découvertes toujours plus glaçantes...
La règle du jeu, c'est de ne pas trop en dire, je n'en dirai pas plus... (Encore un paragraphe qui termine sur des points de suspension. C'est pour dire que du suspense, il y en a vraiment beaucoup.)
Le tour de la bouée - Andrea Camilleri
Le tour de la bouée, Andréa Camilleri, trad. Serge Quadruppani, Fleuve Noir, 2005.
En son île de Sicile, le commissaire Montalbano est sur le point de tout plaquer et de prendre sa retraite lorsqu'à l'occasion d'un bain de mer matinal il se retrouve nez à nez avec un macchabée flottant. Sa détermination à foutre le camp se perce d'un nouveau trou quand un gamin, immigré illégal repêché par les gardes-côtes est retrouvé mort quelques jours plus tard...
Le roman est court, bien mené, mais le plaisir de le lire provient essentiellement de langue elle-même. Il faut ici rendre hommage à Serge Quadruppani pour avoir traduit et tenté (il s'en explique dans un préambule) de restituer la langue de Camilleri, mélange, dont les proportions varient selon les moments, d'italien et de dialecte sicilien. Il arrive en tous cas à transmettre un humour, et toute une vision du monde qu'à défaut de les connaître, j'imagine siciliens (ou tout au moins, camilleriens).
Merci à P*** de m'avoir fait découvrir cet auteur. J'y reviendrai.
L'homme au ventre de plomb - Jean-François Parot
L'homme au ventre de plomb, Jean-François Parot, JC Lattès, 2000.
Rouletabille chez Louis XV.
Bon, soyons clairs dès le départ : c'est un livre "de genre", alors on aime, ou on n'aime pas.
Enfin presque. Je ne me suis pas tapé des plans en trois parties thèse-antithèse-synthèse pendant des années d'études pour me contenter d'une vision platement binaire du monde, nom mais oh !
Au fait. On cause d'un livre, là. Oui, donc, un roman d'enquête, avec jeune détective talentueux (ici, il s'appelle Nicolas Le Floch), crime presque parfait (en tous cas le premier de la série...), avec chambre close et tout, intrigue à plusieurs niveaux, personnages mystérieux, puissants ou interlopes, et grand discours final où les secrets sont dévoilés, les révélations fracassantes et les traîtres révélés.
Tout ça dans le Paris de 1761, avec au casting la Cour de Versailles, la Pompadour et Sa Majesté Notre Bon Roi Louis XV, siouplaît...
Alors :
Thèse : la langue est savoureuse, elle sonne fort bien son XVIIIème, Monsieur Parot sait écrire, on prend plaisir à le lire.
Antithèse : l'intrigue est vraiment emberlificotée (osons le mot ! Invraisemblable...), beaucoup d'éléments-clés ne sont révélés qu'à la fin, et la construction est vraiment hyper-classique.
Synthèse : un bon roman policier "à l'ancienne" et une bonne restitution d'une époque, de ses palais comme de ses ruisseaux, que l'on appréciera surtout si l'on est resté un amateur de Gaston Leroux et Maurice Leblanc.
Ce doux pays - Ake Edwardson
Ce doux pays, Ake Edwardson, trad. Marie-Hélène Archambeaud, JC Lattès, 2007.
A Göteborg, en Suède, trois hommes sont assassinés et défigurés dans une boutique d'une banlieue populaire, lors d'une des courtes nuits qui précèdent la Saint-Jean.
Le commissaire Erik Winter et ses collègues de la Criminelle tentent de comprendre ce qui apparaît vite comme une histoire de règlement de comptes au sein de la communauté kurde de la ville. Mais difficile d'y voir clair quand les bouches restent obstinément closes et que les témoins s'évanouissent l'un après l'autre...
Bien entendu, en découvrant ce roman, on ne peut s'empêcher de comparer avec la série des Wallander, d'Henning Mankell. On retrouve un attachement profond pour ce pays arctique, un même désarroi chargé de nostalgie face aux transformations irréversibles de la mondialisation pas très heureuse, l'arrivé de la misère du monde avec ses drames, ses trafics, ses injustices...
Mais le héros d'Edwardson, doté d'une charmante épouse qui l'aime, de deux jolies fillettes et de bons copains, ne trimbale pas la dépression rampante de Wallander ni ses difficultés à communiquer avec son entourage. Ça allège un peu l'ambiance...
Le récit, lui, mêle celui, linéaire, d'une enquête qui avance plus (ou n'avance pas) en fonction des rencontres, interrogatoires (courtois, vive la Suède) ou des brain stormings entre flics que des indices ou des prouesses des petits-cracks-du-labo, et celui d'une jeune réfugiée, dont on saisit peu à peu l'importance dans l'intrigue principale...
Au total, un roman prenant, des personnages forts, et pour moi, la découverte d'un grand auteur de polar.
Cher camarade - Olen Steinhauer
Cher camarade, Olen Steinhauer, trad. Françoise Bouillot, Liana Levi, 2004.
Dans l'immédiate après-guerre, Emil Brot devient inspecteur à la Criminelle dans la capitale d'une démocratie populaire.
Mais pourquoi ses nouveaux collègues lui battent-ils froid ? Pourquoi ces silences, cette sourde hostilité à son encontre ?
Il faut dire que dans ce nouveau régime, sous l'aile protectrice du grand frère soviétique, suspicion et règlements de compte composent l'air du temps.
Tout ça ne va pas beaucoup l'aider à résoudre sa première affaire, et d'autant moins qu'elle semble le conduire vers un authentique héros de la Résistance...
Ce roman est le premier d'une série qui se déroule, à raison d'un par décennie, dans le même pays de l'Est imaginaire. Et le premier que je lis.
Au-delà de l'intrigue policière, qui se tient, l'intérêt tient à la recréation de l'atmosphère d'une époque, où l'on n'a pas encore oublié les ravages de l'occupation nazie mais où se pressent déjà la main de fer des régimes staliniens et de leurs services secrets.


