Morte la bête - Lotte et Soren Hammer
Morte la bête, Lotte et Soren Hammer, trad. Andreas Saint-Bonnet, Actes Sud, 2011.
Eh oui, encore un, encore un polar nordique. Pas fait exprès, promis. Celui-ci est danois, écrit à quatre mains par un duo frère et soeur. Ce qui n'est pas commun.
Ce qui ne l'est pas non plus, c'est le propos du bouquin. La recette classique du polar (enfin, plutôt du thriller, pour être plus honnête) c'est de fabriquer des tueurs sadiques, tordus et abominables, de leur faire commettre des crimes sadiques, tordus et abominables, de rendre ces personnages absolument haïssables au lecteur pour lui faire souhaiter à toute force ce qui finit en général par arriver : leur mise à mort. En jouant surtout sur l'affectif, la réaction épidermique, le "moi, si j'étais à la place des parents (ou du mari, ou des enfants...)", ces ouvrages laissent (quand ils sont réussis) haletant, pantois, délicieusement horrifié ou soulagé, mais font rarement surchauffer la machine à questionnement métaphysique. Au mieux, le lecteur est renvoyé à sa position de voyeur complaisant... Mais je ne vais pas commencer une dissertation en trois parties.
Morte la bête sort du lot. Que je m'explique un peu.
Tout commence avec la découverte d'une scène de crime particulièrement sadique, tordue et abominable : cinq corps d'hommes retrouvés pendus, défigurés et atrocement mutilés, qui plus est dans le gymnase d'une école, le jour de la rentrée des classes... Boum. Le commissaire Konrad Simonsen, vieillissant, diabétique, fumeur et bourru (alors, oui, en effet, ce n'est pas de ce côté-ci que les auteurs font preuve du maximum d'originalité...) mène l'enquête avec son équipe de flics dévoués, et dotés de leurs lots de problèmes personnels (là non plus).
Les choses se corsent lorsqu'on découvre que toutes les victimes sont des pédophiles avérés, et que l'opinion publique prend fait et cause pour les assassins, qui de leur côté orchestrent magistralement la com' autour de l'événement et de la dénonciation de l'aveuglement danois vis-à-vis des questions d'inceste et de pédophilie.
Et le lecteur de se retrouver lui-même assailli par le doute, tiraillé entre colère et désir de justice, entre vengeance et Droits de l'Homme. Quand les rôles s'inversent et se brouillent entre victimes et bourreaux, difficile d'y voir toujours très clair.
Un roman intelligent, bien écrit (et traduit), qui oblige au long de ses 500 pages et quelques à se poser quelques questions fondamentales, et indispensables.
Derrière la haine - Barbara Abel
Derrière la haine, Barbara Abel, Fleuve Noir, 2012.
Coup de coeur !
Aaaaaah ! Je viens de le refermer... Contrairement au précédent dont la lecture n'en finissait pas, celui-ci s'est laissé dévorer en un rien de temps.
Si la couverture annonce "thriller", il ne faut pourtant pas s'attendre à de l'horrifique sanguinolent, ni à y trouver le petit cousin d'Hannibal Lecter. Thriller psychologique, par contre oui, et diablement bien troussé.
Le roman débute comme un petit conte de fées pour trentenaires middle-class d'une petite ville de banlieue quelque part en France. Les couples Laetitia-David et Tiphaine-Sylvain sont des jeunes trentenaires middle-class qui se partagent deux maisons mitoyennes dans une petite ville de banlieue quelque part en France. Deux couples heureux, qui sympathisent et deviennent de grands amis quand l'enfant paraît, à quelque mois d'intervalle dans les deux foyers. Apéros, barbecues, adorables bambins qui grandissent ensemble, et amitiés solides, bref : le conte de fées pour trentenaires middle-class d'une petite ville de banlieue quelque part en France.
Jusqu'au jour où... Un drame, un abominable drame, et pourtant si banal, dévaste la vie idéale des quatre protagonistes. Et transforme peu à peu ce petit bonheur parfait en enfer de rancoeur, de suspicion, de parano et de haine.
Si l'écriture n'a rien de très original, Barbara Abel réussit parfaitement à plonger son lecteur dans les affres psychologiques et la transformation subséquente de chacun de ses personnages, sans qu'à aucun moment cela ne sonne faux ni même improbable. C'est le vrai tour de force de ce livre.
En plus de quoi elle tisse son récit avec habileté, semant l'air de rien des petits détails qui prennent plus loin une importance majeure, et titille ainsi l'intelligence du lecteur, ce qui est un des plaisirs du genre.
Je me suis laissé entendre dire (comme on dit) que l'auteure avait pris énormément de plaisir à écrire ce bouquin. J'en ai pris énormément à le lire.
Comme neige - Jon Michelet
Comme neige, Jon Michelet, trad. Alex Fouillet, Presses Universitaires de Caen, 2012.
Mouaif.
Bon, soyons franc et honnête : je n'ai pas vraiment accroché à ce bouquin.
Pour être vraiment franc et honnête, je dois avouer que ce n'est pas entièrement sa faute. Allez savoir pourquoi, il y a des moments où l'on a du mal à consacrer suffisamment de temps à la lecture. Des périodes où trois pages suffisent à vous endormir, quelle que soit l'heure. C'est comme ça, on est des humains. J'ai dû attaquer ce livre au mauvais moment et il m'a fallu un temps infini pour en venir à bout.
Maintenant, comme dans toute rencontre un peu décevante, la responsabilité est forcément partagée. Comme neige a, à mon humble avis, sa part de torts.
D'abord, il faut préciser que si la traduction est toute récente, l'oeuvre originale, elle, date de 1980. Premier hic : si je ne suis pas hyper hyper familier du quotidien norvégien en 2012 (quels sont les chanteurs ou les présentateurs télé populaires, les pub à la mode, les fringues tendance...), j'avoue l'être un peu moins encore de celui d'il y a 30 ans passés. Or le héros-narrateur multiplie les références et les allusions à des événements, et plus généralement à l'air du temps de l'époque, qui du coup sont un peu abstrus pour le lecteur français contemporain... Peut-être que quelques notes supplémentaires auraient permis d'y voir un peu plus clair.
Et puis, je n'ai vraiment pas réussi à m'attacher au personnage. Celui-ci est un ancien flic, qui a fait du trou pour avoir buté un nazi lors d'une enquête, et qui depuis vend des campagnes de pub, picole tant et plus et porte sur le monde et ses contemporains un regard cynique et désabusé. Rien de révolutionnaire donc, mais en plus de ça, certains passages où celui-ci délire (sous l'emprise de l'alcool, de la fièvre ou de l'héroïne) sont carrément incompréhensibles...
Pourtant, l'ouverture est plutôt réussie : Vilhem Thygesen (c'est lui) se réveille d'une nuit de cuite carabinée et trouve dans sa salle de bains le cadavre d'un gus refroidi à coups de talon-aiguille. Après s'être à peu près convaincu qu'il n'est pas le meurtrier, il va devoir chercher dans sa mémoire embrumée pour remonter le fil des événements et retrouver le coupable. Parce qu'évidemment, avec un CV comme le sien, il y a peu de chances que la police s'embarrasse beaucoup à écouter ses explications embrouillées...
Et ça va le plonger dans l'Oslo underground des toxicos, punks, putes de bas étage, trafiquants à la plus ou moins petite semaine. J'ai trouvé là aussi que la part belle est faite à la critique un peu facile de la société norvégienne, à l'ironie et au cynisme, au détriment peut-être d'un rythme un peu plus soutenu qui aurait davantage porté le lecteur.
Au crédit (quand même) de ce polar nordique d'avant le succès mondial du polar nordique, quelques descriptions bien fichues de quartiers d'Oslo, un tableau de la mentalité et de la bonne société norvégienne qui fait parfois mouche (et pour le coup, semble n'avoir pas pâti du temps qui a depuis passé), et un côté très réaliste : notre héros n'a rien d'un Jack Bauer ni d'un Vic Mackey : quand il se bastonne il a la pétoche et s'en prend plein la tronche...
Au final, je reste avec un goût de déception (il faisait quand même envie, ce roman), et je suis curieux de découvrir l'avis d'autres lecteurs.
Cyanure - Camilla Läckberg
Cyanure, Camilla Läckberg, 2011 (pour la traduction de Lena Grumbach), Actes Sud.
Le mystère de la chambre froide
J'avais tenté La princesse des glaces, de la même autrice, mais j'avais été très vite refroidi (ah ah) par ce qui m'avait semblé un mélange d'Agatha Christie et de Cosmopolitan (genre, dès qu'un personnage apparaît, on te dit la marque de son chemisier et de son blush).
Bon ben là, ça a été. C'est un petit roman court, très très classique dans la situation de départ (huis clos et vengeance familiale), avec une explication finale à la Rouletabille (et un dispositif assassinatoire un peu capillotracté, mais bon, hein.)
Le pitch : Martin est un jeune flic (suédois), il débarque à reculons sur une petite île au nom imprononçable pour y fêter Noël avec la famille de sa petite amie (avec qui ça ne va pas très fort). Tempête de neige : tout le monde est coincé dans la résidence de vacances. La famille est richissime, les rancoeurs vivaces, et le pépé casse sa pipe en plein repas (pas mal aidé par le cyanure contenu dans son verre), non sans avoir auparavant pourri à peu près tous ses descendants pour leur médiocrité et leur appétit pour son héritage. Ambiance donc... Martin arrivera-t-il à résoudre le mystère ? Papiiiiin !
Le Trône de fer t.13 : Le bûcher d'un roi - George R.R. Martin
Le Trône de fer, tome 13 : le bûcher d'un roi, George R.R. Martin, 2012.
Suite et suite.
Eh ben ça y est. 5 ans après la parution du (désormais avant-) dernier volume de la saga, et quasiment 3 ans d'attente en ce qui me concerne (p... ! 3 ans déja !), je viens de terminer le (désormais, mais provisoire) dernier tome.
Trois ans, ça passe vite quand on regarde en arrière (mais bon, 5 ans, 10 ans et même 37 aussi), mais c'est quand même un peu long. Assez en tous cas pour ne plus avoir tout à fait en tête les milliers de pages précédentes, et les dizaines de personnages, les centaines d'intrigues plus ou moins importantes (encore que l'importance de chacune ne se révèle souvent que fort tard)... Bref, avec une oeuvre aussi monumentale, difficile de ne pas en perdre quelques bouts sur le chemin.
Je n'essaierai même pas de résumer tout ça, aussi me bornerai-je à relater quelques impressions.
J'ai d'abord retrouvé avec bonheur l'écriture de GRR d'une qualité rarement atteinte dans ce genre littéraire, en général quand même assez marqué "ado" et "geek", qu'est la fantasy. Coup de chapeau au passage au traducteur.
Sur le fond, que dire, que dire ? Eh bien, l'histoire continue, les histoires plutôt. Enfin, "continuent"... En fait, le roman compte désormais tellement de personnages, dans tellement de lieux différents que de l'aveu de l'auteur lui-même, ce fut un fameux casse-tête que de ne pas se perdre dans les déroulés des aventures de chacun. Et que donc, ce qui se déroule dans ce tome 13 est en quelque sorte contemporain des événements relatés dans les tout derniers.
Donc, ça continue : intrigues, complots, rebondissements, révélations, trahisons... Pas de grande bataille épique ici, mais pour le reste, on est servi. Et l'univers du TDF continue de se révéler d'une infinie complexité, et d'une infinie richesse.
Mais je crois, en fin de compte, que ce qui accroche le plus, c'est la qualité des personnages. Enlevez les armures, les dragons, les sortilèges, il reste encore des personnages complexes, ambigus, loin de tout manichéisme. Leur soif de pouvoir, de gloire, d'honneur, leurs trahisons, leur courage ou leurs lâchetés, ça nous parle. Leurs blessures intimes, aussi, parfois, qui nous touchent par-delà l'époque, le lieu, la vraisemblance (les dragons, ça n'existe pas, en vrai).
Je le dis et le répète, le Trône de Fer, c'est un chef d'oeuvre.
Bangkok Tattoo - John Burdett
Bangkok Tattoo, John Burdett, 2005.
La Thaïlande dans la peau
Après Bangkok 8, revoilà l'inspecteur Sonchaï Jitpleecheep, fils d'un GI américain et d'une pute thaï, gérant de "bar" la nuit et flic au service du colonel Vikorn, chef de la police et parrain local le jour. Et la nuit aussi, en fait.
Tout continue (puisque d'après ce que j'ai pu comprendre de la vision bouddhiste du monde, tout n'est qu'éternel recommencement) par la découverte dans une chambre d'hôtel du cadavre d'un Américain, éventré, à qui l'on a pris soin de retirer pénis et peau du dos. Avec lui, défoncée à l'opium, Chanya, la plus belle des vendeuses d'amour tarifé de l'endroit, à la beauté stupéfiante, dont notre flic-narrateur au nom trop long à écrire à chaque fois est secrètement amoureux. Et meilleure gagneuse de la maison. Pas question donc de la laisser mettre en cabane pour si peu, et nos deux héros de la Justice d'étouffer l'affaire.
Mais les choses se compliquent lorsque la victime s'avère être un agent de la CIA lancé à la traque de terroristes liés à Al Qaida. Et que les corps mutilés commencent à s'accumuler au-delà du raisonnable. Et que la guerre entre la colonel Vikorn et un général de l'Armée reprend pour la domination du trafic de drogue.
Voilà donc Sonchaï parti brouiller les pistes (ou tenter de résoudre l'affaire ?) du Sud musulman du pays, aux rues des quartiers chauds de la capitale, tout en s'occupant des états d'âmes de son jeune partenaire aspirant-transsexuel.
C'est compliqué comme un plat thaïlandais, et tout aussi piquant, savoureux, et surprenant. On retrouve les ingrédients qui fonctionnaient déjà dans le premier opus, avec un bonheur renouvelé.
L'énigme se résout finalement presque toute seule, et l'essentiel de l'intérêt tient à l'humour subtil, omniprésent, et surtout, à travers les yeux du héros métis, à une plongée dans l'univers mental thaï, mélange de bouddhisme, de superstition, de respect sans faille d'un ordre social féodal et immuable, dans un jeu perpétuel d'interpellation du lecteur farang, qui nous renvoie une vision peu complaisante de notre propre (et belle) civilisation.
Un bon conseil : lis ce livre, farang. Je ne sais pas si ton कर्म va y gagner, mais tu passeras à coup sûr un bon moment de divertissement intelligent.
Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan
Rien ne s'oppose à la nuit, Dephine de Vigan, JC Lattès, 2011.
Nouvelle incursion hors des sentiers du noir. Encore que. Il y en a...
J'avoue avoir été rebuté par le début du roman. Non que la lecture en soit désagréable. Mais le récit s'ouvre sur la découverte par l'autrice (oui, oui, on peut dire "autrice", vérifiez)-narratrice du cadavre de sa mère. Et moi, j'ai toujours un a priori négatif sur les gens qui se racontent ouvertement (bien sûr que chaque écrit "raconte" son auteur, mais ne faites pas semblant de ne pas comprendre, c'est agaçant), et balancent à la face du monde leurs secrets les plus intimes. Ça me gêne, et c'est teeeellement tendance : plus de "grands sujets", de regard sur le Monde, d'ambition sociale, politique, critique (sinon par le petit bout de la lorgnette), le Moi comme sujet ultime, bref, un reflet de l'époque : individualisme, nombrilisme, exhibitionnisme, et crotte.
A priori négatif donc.
Sauf que la famille de Delphine de Vigan est tout de même peu ordinaire. Sa mère est issue d'une famille (très) nombreuse, dominée par un père à la personnalité écrasante, et pour le moins ambiguë. Une jeunesse passée au milieu d'une ribambelle de frères et soeurs dans une ambiance bohème et joyeuse, mais marquée par des drames à répétition, et des secrets étouffants. Et destructeurs.
Qui devient la mère pas vraiment conventionnelle de notre auteure (on peut dire "auteure" aussi, mais ça, tout le monde le sait) : bipolaire, alcoolique, suicidaire, un peu artiste, un peu soixante-huitarde, aux histoires d'amour nombreuses et pas toujours très saines.
Et j'ai compris le besoin pour Delphine de Vigan d'exorciser par ce livre-thérapie les nombreuses et profondes blessures que cette étrange histoire familiale lui a laissées en héritage.
Mais ce récit est aussi celui de sa propre écriture, des doutes, des difficultés qu'elle a rencontrés à aller remuer les tabous familiaux, les réactions des différents membres de sa famille maternelle, et l'impossiblité d'en livrer un récit toujours exact, complet.
Au final, j'ai dévoré ce livre en une nuit (blanche), et l'aube m'a trouvé un peu abasourdi, profondément remué, touché, ému.
Car se plonger dans l'histoire (très) particulière de Delphine de Vigan, c'est aussi, forcément, être amené à replonger dans la sienne propre...
Bref, on n'en sort pas indemne.
La rivière noire - Arnaldur Indrison
La rivière noire, Arnaldur Indridason, trad. Eric Boury, Métailié Noir, 2011.
Du noir, mais pas que. Du gris, aussi.
Les Nordiques se suivent et ne se ressemblent pas. Si la Suède de Jens Lapidus prenait des airs de L.A. façon James Ellroy, l'Islande d'Indridason... Euh... Ben, c'est plutôt l'Islande.
Passer de Lapidus à Indridason, c'est passer d'un rythme trépidant à... une certaine lenteur. C'est passer de kilos de coke à deux pilules de Rohypnol, c'est passer de truands forts en gueule, bien cinégéniques à de pauvres types, de pauvres salauds ordinaires.
Alors si le choc est rude (comme par exemple marcher 200m à pieds dans la poudreuse après avoir dévalé tout schuss une belle rouge bien mûre), une fois installé dans le rythme pépère de l'Islandais, on se laisse un peu aller à apprécier.
Le sémillant Erlendur est en vacances (du coup, nous aussi, de sa déprime, sa nostalgie gluante et de ses gosses ingrats et toxicos), et c'est sa collègue Elingborg qui s'y colle. Ah oui, parce que l'histoire commence avec un meurtre (étonnant, non ?), celui d'un gars, apparemment célibataire sans histoire, mais sur lequel on retrouve des capsules de la "drogue du viol". Alors, vengeance d'une de ses victimes ? Coup monté par un complice particulièrement retors ? En tous cas, une fois de plus, la violence des hommes sur les femmes, la lâcheté des gens, le mensonge et l'hypocrisie de la société sont derrière tout ça. Youpi.
Le flair d'Elingborg (aux deux sens du terme) va la conduire, petit à petit, vers la solution. En chemin, on découvre avec elle un trou du cul du monde version islandaise avec sa population soupçonneuse mais sympathique (ouais, bof), ses soucis avec son ado d'aîné (passionnant) et en arrière-plan, un pays où demander à quelqu'un comment il va ce matin, c'est déjà violer son intimité. Reykyavik - Rio de Janeiro... Il y a des nuances. Bon mais je suis sûr que c'est Indridason qui voit un peu tout en grisâtre, parce que j'ai eu connu une Islandaise hyper avenante dont le rire cristallin sonnait à tout bout de champ, et quand elle me parlait de son pays, ça évoquait plutôt des soirées interminables (aah, la magie de l'été hyperboréal !), des bains dans des sources d'eau chaude au milieu de la neige, des virées dans les pubs avec une bonne ribambelle de potes rigolards.
En tous cas, je préfère garder cette image-là que celle, tristouille, des polars d'Indridason.
Voilà, à lire peut-être au sortir de l'hiver pour se dire que finalement, on n'est pas si mal (je parle pour les pauvres Métros gelés. Bisous.)
Du domaine des murmures
Du domaine des murmures, Carole Martinez, Gallimard, 2011.
Goncourt des lycéens 2001. Ils ont bon goût, les lycéens.
Rien, mais rien à voir avec le polar, le noir, et ce qui fait l'habituel de ces pages. Et pourtant, je brûle de l'envie de faire découvrir, et j'espère lire, ce formidable roman de Carole Martinez.
J'en ai été véritablement enchanté. A l'heure où domine souvent dans la production littéraire, en tous cas "celle dont on parle", le réalisme nombriliste autofictionnel, le petit bout de la lorgnette sur le Monde, le psychologisant déprimé, ce roman est d'une totale originalité.
Il nous raconte à la première personne le destin d'Esclarmonde, fille de nobliau de la Bourgogne du XIIème siècle, qui choisit, plutôt que l'enfermement dans un mariage arrangé l'enfermement véritable dans une vie de recluse tout entière dédiée à l'adoration du Christ.
Bon, évidemment, quand on est addict au récit à suspense, à la tension dramatique aromatisée au meurtre, on est en droit de lever un sourcil (le gauche, par exemple, ou l'autre) dubitatif à la lecture de ce pitch.
Et pourtant ! L'enfermement de la jeune (presque) vierge ouvre le récit sur un univers à la fois mystique, merveilleux aux tonalités de conte, porté par le souffle d'une poésie et d'un lyrisme sensuels qui, moi, m'ont complètement transporté.
Il y est question de foi, de superstition, d'amour, de la violence des hommes, en ces temps où le Ciel se gagne à la force de l'épée, là-bas en Terre Sainte, et où les seigneurs prennent la virginité des paysannes comme ils chassent cerfs et perdrix...
Mais par-dessus tout, et j'atteins là les limites de l'exercice, on jouit de la langue, de l'écriture magnifique de Carole Martinez, dont on garde longtemps, au creux de l'oreille, l'écho des murmures...
Mafia Blanche - Jens Lapidus
Mafia Blanche - Stockholm Noir II, Jens Lapidus, 2009.
Bis repetita placent
Ca se confirme. Tout ce que je disais à propos du premier opus. L'efficacité. Le côté haletant. La filiation avec Ellroy.
Même style, même résultat.
Autres personnages. Nicklas-niqué de la tête, fils de femme battue et ancien mercenaire. Fan de Taxi Driver. Et décidé à "nettoyer la merde" (ici : les hommes violents) comme Travis-De Niro.
Mahmud, petite frappe de banlieue, humilié une fois de trop par les Caïds, tiraillé entre soif de fric, de revanche et un paternel old school, droit dans ses bottes d'ouvrier.
Thomas, flic violent, un peu ripoux, bordeline (allo, James ?), mais prêt à partir en croisade solitaire quand il estime que trop, c'est trop.
Et nos vieux potes : Rado, Radko et consorts de la Mafia Yougo. La drogue, les putes.
En toile de fond : l'assassinat d'Olof Palme. Les services secrets, la police politique infiltrés par les fachos. Le Complot.
La violence ordinaire des beaufs.
La suède qui n'est plus ce qu'elle était.
Le tout-fout-le-camp.
Toute comparaison avec la trilogie (tiens, une autre trilogie !) American tabloid du master est évidemment justifiée.

