410JK263RSLLa cité des jarres, Arnaldur Indridason, trad. Eric Boury, Métailié, 2005.

Eh oui, encore un ! Mais après celui-ci, on quittera la Scandinavie pour Naples et sa Camorra...

Ça faisait un bail que j'entendais parler de cet auteur, et de ce livre en particulier : libraires, blogueurs, connaissances... Tout le monde était unanime pour m'assurer que c'était là du tout bon.

Eh ben c'est vrai.

...

En fait, j'étais tenté d'arrêter là ce commentaire, je trouvais ça amusant.

Mais j'ai envie d'en parler un peu quand même. Et d'essayer de repondre à cette question : "pourquoi est-ce un bon livre" ?

Un peu pressé par le temps, j'esquive le commentaire composé en trois parties, et me contenterai de relever quelques éléments, un peu en vrac.

D'abord l'intrigue. Ça compte, dans un polar.

(A ce propos, je me suis fait encore une fois la remarque, alors que je regardais une -assez bonne- adaptation télévisée de romans de Mankell, que j'étais incapable de me rappeler les intrigues de ces bouquins. Chez Mankell, comme chez beaucoup d'auteurs, même si le mystère est savamment distillé, si le rythme est haletant et si on se creuse la cervelle à la recherche du coupable, je retiens surtout les ambiances, le ton, les personnages.)

N'empêche. Sans intrigue, ce serait raté. Et celle-ci tient ses promesses. C'est comme un combat de jiu-jitsu brésilien (ou une partie d'échecs, si vous préférez) : il n'y a pas trente six mille façons d'ouvrir une partie, ni un roman policier. Ici, ça commence avec la découverte d'un cadavre, tué à son domicile d'un coup de (gros) cendrier sur la tête. Et comme aux échecs (ou au jiu-jitsu brésilien), les combinaisons et possibilités sont ensuite (presque) infinies. Et c'est là qu'on juge. (Comme...)

Dans La cité des jarres, l'histoire s'articule autour de la question de la filiation, de la pa(ma)ternité, principalement. De l'héritage qui se transmet d'une génération à l'autre : histoire, gènes, névroses...
De la perte, aussi : celle d'un enfant, d'un père, de ses certitudes et ses repères...
Et du Mal qui habite certains, et des ravages qu'il cause, à travers le temps qui passe.

Ensuite, il y a les personnages, dont bien sûr et surtout le personnage principal, le commissaire Erlendur Sveinsson. Forcément usé, abîmé par la vie, deux enfants toxicos, et un métier qui ronge l'âme ("quand tu regardes longtemps l'abîme, l'abîme aussi te regarde", disait Nietzsche). Mais humain, doux (sauf si on le fait vraiment trop chier) et compatissant quand même.

Et puis, quand même, de temps en temps, un petit trait d'humour pince-sans-rire, bienvenu ("Peut-on commettre un meurtre en chaussettes ?").

Le tout dans un style qui n'en fait pas des tonnes, sans "action" (comme on dit "film d'action"), ou presque, et qui pourtant nous tient en haleine du début à la fin.

Peut-être que ce polar, comme beaucoup de ses congénères hyperboréens nous touche parce qu'il sait rester humain, a contrario des production anglo-saxonnes où tout est toujours "plus" (plus horrible, plus fort, plus tordu, plus rapide...).

Du tout bon, c'est vrai.