1060162_3033116 Bangkok Tattoo, John Burdett, 2005.

La Thaïlande dans la peau

Après Bangkok 8, revoilà l'inspecteur Sonchaï Jitpleecheep, fils d'un GI américain et d'une pute thaï, gérant de "bar" la nuit et flic au service du colonel Vikorn, chef de la police et parrain local le jour. Et la nuit aussi, en fait.

Tout continue (puisque d'après ce que j'ai pu comprendre de la vision bouddhiste du monde, tout n'est qu'éternel recommencement) par la découverte dans une chambre d'hôtel du cadavre d'un Américain, éventré, à qui l'on a pris soin de retirer pénis et peau du dos. Avec lui, défoncée à l'opium, Chanya, la plus belle des vendeuses d'amour tarifé de l'endroit, à la beauté stupéfiante, dont notre flic-narrateur au nom trop long à écrire à chaque fois est secrètement amoureux. Et meilleure gagneuse de la maison. Pas question donc de la laisser mettre en cabane pour si peu, et nos deux héros de la Justice d'étouffer l'affaire.

Mais les choses se compliquent lorsque la victime s'avère être un agent de la CIA lancé à la traque de terroristes liés à Al Qaida. Et que les corps mutilés commencent à s'accumuler au-delà du raisonnable. Et que la guerre entre la colonel Vikorn et un général de l'Armée reprend pour la domination du trafic de drogue.

Voilà donc Sonchaï parti brouiller les pistes (ou tenter de résoudre l'affaire ?) du Sud musulman du pays, aux rues des quartiers chauds de la capitale, tout en s'occupant des états d'âmes de son jeune partenaire aspirant-transsexuel.

C'est compliqué comme un plat thaïlandais, et tout aussi piquant, savoureux, et surprenant. On retrouve les ingrédients qui fonctionnaient déjà dans le premier opus, avec un bonheur renouvelé.

L'énigme se résout finalement presque toute seule, et l'essentiel de l'intérêt tient à l'humour subtil, omniprésent, et surtout, à travers les yeux du héros métis, à une plongée dans l'univers mental thaï, mélange de bouddhisme, de superstition, de respect sans faille d'un ordre social féodal et immuable, dans un jeu perpétuel d'interpellation du lecteur farang, qui nous renvoie une vision peu complaisante de notre propre (et belle) civilisation.

Un bon conseil : lis ce livre, farang. Je ne sais pas si ton कर्म va y gagner, mais tu passeras à coup sûr un bon moment de divertissement intelligent.