Bangkok_8Bangkok 8, John Burdett, trad. Thierry Piélat, Presses de la Cité, 2004.

J'ai mis un moment à me décider à acquérir ce livre-ci. Un polar à Bangkok, qui plus est écrit par un farang (un Occidental, quoi), n'allais-je pas me retrouver dans une de ces merdouilles à l'exotisme galvaudé, servie par un petit bourgeois d'Europe empli de haine de soi, et qui allait me faire chier à chaque page avec son regard du mec-à-qui-on-la-fait-pas-et-qui-lui-mieux-qu'un-autre-a-su-comprendre-l'Orient-pas-comme-un-touriste-tu-vois ? (Genre lui).

Non.

A la place, je me suis laissé dévorer par l'intrigue (elle est tordue tout juste comme il faut), avaler par l'ambiance si thaïement chaude, sensuelle, moite et dangereuse, happer par ce qu'on entraperçoit de l'univers spirituel d'un thaï flic et moine bouddhiste.

Bref, une réussite totale.

L'histoire, en deux mots : Bangkok, 8ème district. C'est le coin le plus chaud d'une ville déjà bien chaude. On y vend du sexe, des drogues, du bonheur tarifé pour Occidentaux blasés.
L'inspecteur Sonchaï Jitpleetcheep, métis né d'une pute de Bangkok et d'un GI américain et adepte de la Voie du Bouddha part sur le sentier de la guerre quand son partenaire et "frère en esprit" se fait tuer en même temps qu'un marine américain.
Difficile d'être le seul flic honnête dans une ville bouffée par la corruption, surtout quand votre chef bien-aimé est lui-même un truand notoire.
Mais quand on se soucie de son karma et de ses futures réincarnations, pas grand chose ne peut arrêter quelqu'un déterminé à se faire justice...

Attention ! Il ne s'agit pas là d'une version siamoise de l'Inspecteur Harry... L'équipe formée par Sonchaï et une enquêtrice du FBI dépêchée sur place donne lieu à de fréquents échanges de vue entre logique occidentale et philosophie bouddhiste pleins d'humour (et d'enseignements).

Au total, on passe d'excellents moments, on se distrait tout en se cultivant... Que demande le peuple ?