Rien ne s'oppose à la nuit, Dephine de Vigan, JC Lattès, 2011.

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Nouvelle incursion hors des sentiers du noir. Encore que. Il y en a...

J'avoue avoir été rebuté par le début du roman. Non que la lecture en soit désagréable. Mais le récit s'ouvre sur la découverte par l'autrice (oui, oui, on peut dire "autrice", vérifiez)-narratrice du cadavre de sa mère. Et moi, j'ai toujours un a priori négatif sur les gens qui se racontent ouvertement (bien sûr que chaque écrit "raconte" son auteur, mais ne faites pas semblant de ne pas comprendre, c'est agaçant), et balancent à la face du monde leurs secrets les plus intimes. Ça me gêne, et c'est teeeellement tendance : plus de "grands sujets", de regard sur le Monde, d'ambition sociale, politique, critique (sinon par le petit bout de la lorgnette), le Moi comme sujet ultime, bref, un reflet de l'époque : individualisme, nombrilisme, exhibitionnisme, et crotte.

A priori négatif donc.

Sauf que la famille de Delphine de Vigan est tout de même peu ordinaire. Sa mère est issue d'une famille (très) nombreuse, dominée par un père à la personnalité écrasante, et pour le moins ambiguë. Une jeunesse passée au milieu d'une ribambelle de frères et soeurs dans une ambiance bohème et joyeuse, mais marquée par des drames à répétition, et des secrets étouffants. Et destructeurs.

Qui devient la mère pas vraiment conventionnelle de notre auteure (on peut dire "auteure" aussi, mais ça, tout le monde le sait) : bipolaire, alcoolique, suicidaire, un peu artiste, un peu soixante-huitarde, aux histoires d'amour nombreuses et pas toujours très saines.

Et j'ai compris le besoin pour Delphine de Vigan d'exorciser par ce livre-thérapie les nombreuses et profondes blessures que cette étrange histoire familiale lui a laissées en héritage.

Mais ce récit est aussi celui de sa propre écriture, des doutes, des difficultés qu'elle a rencontrés à aller remuer les tabous familiaux, les réactions des différents membres de sa famille maternelle, et l'impossiblité d'en livrer un récit toujours exact, complet.

Au final, j'ai dévoré ce livre en une nuit (blanche), et l'aube m'a trouvé un peu abasourdi, profondément remué, touché, ému.

Car se plonger dans l'histoire (très) particulière de Delphine de Vigan, c'est aussi, forcément, être amené à replonger dans la sienne propre...

Bref, on n'en sort pas indemne.