23 février 2009
Petites insécurités - Alassane Fingerweig
Petites insécurités, Alassane Fingerweig, Sao Maï, 2008.
Un nouveau, des nouvelles
Eh oui, eh oui, près d'un mois sans critique ni commentaire...
La vérité, c'est que j'ai commencé plusieurs bouquins sans les finir, allant de déception en énervement... Et puis des trucs à faire... Et puis surtout, j'en parlerai une autre fois, un temps fou consacré au visionnage d'une œuvre majeure : la série policiaro-sociale The Wire.
Et un jour, paf ! On me propose de lire ce recueil de nouvelles, Petites insécurités. (La maison d'édition apparemment toute neuve, avait besoin d'un puissant coup de projecteur que seul ce blog était à même de lui fournir. Voilà qui est fait, les livres devraient donc se vendre désormais par dizaines de mille).
Éditeur (jusque là) inconnu, donc, et auteur (jusque là, et en ce qui me concerne), qui ne l'est pas moins (en fait, c'est son troisième ouvrage, après deux romans): l'aventure, quoi.
Eh ben je ne regrette pas l'essai.
Bien sûr, un recueil de nouvelles, c'est plusieurs nouvelles, donc certaines qui plaisent plus que d'autres.
Moi j'ai préféré celle ("Gagnant-gagnant") qui raconte une usine occupée, dans un contexte de grève générale et de répression vicelarde, mêlant action policière et nervis "citoyens" qui préfigure peut-être (hélas) ce qui pourrait advenir de nous si... J'ai aussi beaucoup aimé les deux premiers récits, sur une bavure policière ("Le combat") et une histoire de meurtre ferroviaire ("Trimard", dont une adaptation cinématographique serait, semble-t-il, en cours). Les autres, un poil moins...
La tonalité d'ensemble est sombre, bien sombre, même, genre pas très plein d'amour pour l'humanité. Enfin, pour l'humanité de notre époque. La violence (policière entre autres), la solitude, l'intrinsèque méchanceté des humains sont les principaux thèmes qui traversent le recueil. A éviter donc en période de grisaille un peu trop persistante.
Mais Allassane Fingerweig (puisque tel est son nom, apparemment) possède un style élégant, agréable à lire, même si son usage parfois un peu immodéré de l'ellipse oblige à revenir sur certains passages dont le sens échappe à la première lecture (mais c'est peut-être que je n'étais pas suffisamment à ce que je faisais, ou qu'il me manque quelques points de QI...). En tous cas, c'est largement au-dessus de pas mal de productions polardeuses moyennes.
A découvrir, donc.
01 février 2009
L'Exequatur - Marc Boulet
L'Exequatur, Marc Boulet, Payot & Rivages, 2006
Nase.
Le premier paragraphe est accrocheur.
Et ça s'arrête là.
Le héros de l'histoire, journaliste-écrivain (oh ! comme son auteur... Etonnant, non ?), est victime d'une aberration judiciaire qui le condamne à payer une très forte amende. Il risque d'y laisser son appart parisien. Du coup sa femme chinoise se suicide, tellement c'est horrible.
Alors il veut se venger du salaud de pédophile, sujet de son premier reportage, qui l'a foutu dans la mouise en portant plainte pour diffamation.
Non seulement tout ça est archi-pas-crédible, mais en plus l'alter-ego de l'auteur s'en trinbale un gros, d'ego. Pas vraiment écrasé par l'humilité : "je refusais de (...) vendre ma liberté contre un bulletin de paie. (...) Pour rester libre comme je l'étais il fallait de l'intelligence et du courage". On dirait du BHL... Certes c'est assez fréquent chez les journaleux (adeptes de la "pensée complexe" et ultimes remparts d'une démocratie mise à mal par les conservatismes et populismes de tous poils), mais du coup, on finit par se réjouir des cacas qui tombent sur la tête de cet autosatisfait...
Sa poursuite vengeresse l'emmène en Italie, puis, j'imagine, en Chine (rapport à sa défunte bien-aimée et au fait que c'est là qu'il avait rencontré son "sujet"), et qu'on doit apprendre plein de choses que le connaud de touriste de base rate à tous les coups, parce que çui-là c'est un vrai reporter qui sait voir au-delà des apparences.
Enfin j'imagine, parce que j'ai abandonné vers la page 100.
Le style est laborieux, répétitif, le personnage plutôt antipathique (ben voilà, il a déteint sur moi, je rabâche aussi !), l'intrigue oscille entre l'invraisemblable, le déjà-vu et l'ennui (ah ! les crises de conscience aux conclusions téléphonées de ce falot protagoniste)...
Bref, un livre qu'on évitera sans dommage aucun de lire.
Hackman Blues - Ken Bruen
Hackman blues, Ken Bruen, trad. Simone Arous, Fayard, 2007.
"Brady est grave barré". C'est lui-même qui l'écrit sur les murs de sa chambre. Brady, c'est le héros.
Grave barré, indeed. Bipolaire (on disait avant : "maniaco-dépressif") sous lithium, mi-privé, mi-escroc, gay et porté sur la castagne, voilà donc un héros peu conventionnel...
Alors qu'un truand qui se prend pour le sosie de Gene Hackman le charge de récupérer sa fille fugueuse, il se met en tête de monter une arnaque. Mauvaise idée...
C'est court, efficace, percutant, l'écriture colle avec la dinguerie du personnage et des situations, alternant humour et désespoir sombre (tiens...), en tous cas loin du style neutre et interchangeable de beaucoup d'auteurs de polar. Et qui a dû donner du fil à retordre à la traductrice. (Pour ceux que la question intéresse...)
Content d'avoir découvert cet auteur. On ne devrait pas en rester là.