Stockholm NoirStockholm noir - L'argent facile, Jens Lapidus, trad. M. Stadler et L. Clauss, Plon, 2008.

Sous le signe d'Ellroy

Belle découverte, faite par hasard, de ce Jens Lapidus. Avocat (brillant, apparemment), jeune et beau, dans le genre brun aux yeux bleus. Terriblement agaçant. Je ne parle pas d'un personnage, là, mais de l'auteur. Comme quoi, hein. Bon.

Il est désormais établi que les Nordiques sont les nouveaux rois du polar, si vous êtes un peu curieux, flânez-donc un peu sur ce blog, vous en trouverez moults exemples. Celui-ci s'ajoute donc à la liste.

On suit ici les parcours de "JW", jeune provincial qui rêve de Jet-Set et se révèle brillant dealer de coke, Jorge le Chilien, évadé de taule et assoiffé de vengeance, Mrado l'ancien milicien Serbe-épurateur ethnique et père malheureux, et une tripotée d'autres, plutôt allumés et méchants.

Je le dis sans détour : j'ai été happé par ce polar haletant. Mais un peu gêné au début. Pourquoi ? Parce que le style (abondance de phrases courtes, nominales, qui emballent la lecture au rythme du stress ou de la parano des personnages), et la construction ressemblent vraiment beaucoup beaucoup à du Ellroy. Insertions de rapports de police, de procès-verbaux, de courriers internes aux services de surveillance (avec changement de typographie genre "machine à écrire"). Personnages surtendus, borderline, ultraviolents, ultra déterminés, explosions d'ultraviolence, plans tordus. Peinture à la bombe de milieux sociaux (ici : les nouveaux hypes suédois, les gangs de Serbes, de motards, de nazis...). Et cette idée : pendant que vous bossez/ramez/dormez/payez vos impôts, braves gens, tout un infra-monde trafique et prospère, s'éclate, se défonce et se flingue. Et ce monde obscur-là marche main dans la main avec les vrais Puissants du Monde, où seul le fric est loi.

Bref, ça ressemble beaucoup à de la copie de maître, et ça m'a dérangé jusqu'à ce que je me dise : et alors ? On peut admirer Rembrandt sans nier le mérite de dizaines de "petits maîtres" de la Renaissance, pas vrai ?

Jens Lapidus, qui est toujours avocat et se considère comme "écrivain à temps partiel", pour qui l'écriture est avant tout une thérapie, un moyen d'exorciser les démons que la fréquentation de la pègre trimbale avec elle, fait preuve d'un vrai talent.

Un deuxième tome est sorti, Mafia Blanche, que je vais me lire incessamment, bientôt complété par un troisième. J'ai aussi découvert une adaptation cinoche, Easy Money.