Du noir mais pas que

Du noir, du polar... Le plus souvent

14 octobre 2008

La maison du sommeil - Jonathan Coe

Coe_maison_sommeilLa maison du sommeil, Jonathan Coe, trad. Jean Pavans, Gallimard, 1998.

Les derniers livres de Jonathan Coe que j'ai lus m'ont tellement emballé, que voilà...

On est toujours en Angleterre, au milieu des années quatre-vingts. Une vieille baraque reconvertie en logement pour étudiants voit se rencontrer, puis se côtoyer les protagonistes de l'histoire. Sarah la narcoleptique et son petit ami aux obsessions étranges, Robert qui tombe éperdument amoureux de Sarah, Terry cinéphile monomaniaque et pédant...

Douze années plus tard, la même maison est devenue une clinique spécialisée dans les troubles du sommeil, dirigée par Gregory, l'ancien petit ami de Sarah devenu un psychiatre plutôt inquiétant. Bien sûr, tous ces personnages vont d'une façon ou d'une autre se retrouver autour de cette maison...

Comme dans ses œuvres précédemment citée, Jonathan Coe ficèle une intrigue dans laquelle tout se noue lors de la jeunesse des personnages : les amours, les amitiés, les obsessions, tout est en germe alors que ceux-ci vivent leurs "belles années". En alternant les deux époques chapitre après chapitre, Coe démêle peu à peu l'écheveau des fils qui tissent les destins (liés) de toute la bande (ouh la métaphore, faut pas s'y emmêler les... fils). Le récit est donc très... Disons qu'il nous capture dans ses filets. Facilement.

Mais je dois avouer avoir été moins enthousiasmé qu'avec le cycle Bienvenue au club - Le cercle fermé (écrits plus tard). On ne retrouve pas dans cette Maison du sommeil la dimension historique, ni la peinture sociale qui font (aussi) l'intérêt de ces deux livres.

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23 septembre 2008

Jonathan Coe - Bienvenue au club et Le cercle fermé

Bienvenue au Club et Le cercle fermé, de Jonathan Coe, trad. Jamila et Serge Chauvin.

Voilà, j'en avais un peu marre, là, des polars et des romans noirs. Enfin,surtout marre de ne tomber que sur des trucs décevants, avec l'impression de trouver encore et toujours les mêmes personnages stéréotypés, les mêmes situations archi-rebattues... Bref.

Je suis donc retourné du côté "mais pas que" avec ces deux bouquins de Jonathan Coe. Pour mon plus grand bonheur (enfin). J'avais lu de lui Testament à l'anglaise (qui tirait beaucoup vers le polar, quand même, on ne se refait pas) qui m'avait déjà beaucoup plu.

Coe___Bienvenue_au_clubBienvenue au club commence en 1973 à Birmingham, dans l'Angleterre industrielle. Il y a le prestigieux lycée de King William où se fréquentent les Trotter, Benjamin qui semble promis à un brillant avenir d'écrivain ou de compositeur, si gourd avec les filles et qui trouvera Dieu dans un miraculeux maillot de bain, son frère Paul, petit salopard cynique, Doug Anderton, fils de syndicaliste, Philip Chase le sérieux, Steve Richards seul et unique Noir dans cette école de riches et son éternel rival, le très détesté Ronald Culpepper, et d'autres encore... Il y a les filles, bien sûr : Claire et Miriam Newman (dont la passion clandestine avec le père de Doug, provoquera sa mystérieuse disparition), Lois Trotter, dont le fiancé sera tué dans un attentat de l'IRA, la sublime et un peu tarte Cicely, amour absolu de Benjamin... Il y a leurs rêves, leurs espoirs d'êtres en devenir...
Et puis il y a l'usine automobile. Qui fait vivre la moitié de la ville, théâtre de l'indépassable lutte des classes (à l'époque où ce n'était pas toujours le même camp qui gagnait), de la montée de l'extrême-droite et des poussées de fièvre anti-irlandaise.
Un roman foisonnant, comme on dit, qui mêle les petites histoires, touchantes, souvent très drôles, à la grande (comme on dit aussi), celle des dernières années de la contestation triomphante, des luttes populaires victorieuses, mais qui porte déjà en son sein les terribles années Thatcher et leurs ravages politiques, sociaux, humains...

Coe___Le_cercle_ferm_Dans Le cercle fermé, on retrouve les mêmes personnages, vingt ans plus tard. Paul Trotter est député du New Labour, Doug est devenu un journaliste influent, Claire vit entre l'Angleterre et l'Italie au gré d'histoires d'amour décevantes, Culpepper est un as de la finance, et Benjamin n'en finit pas de finir son chef d'oeuvre musico-littéraire. Quant à l'usine, elle menace de fermer... A l'ère de Tony Blair, celle de la gauche convertie au marché et au "pragmatisme", les vieux lutteurs sont fatigués, les fragiles écrasés et les salauds triomphent.
Bon, dit comme ça, ça pourrait paraître un peu lourd, un peu trop "à charge". Pourtant, l'espoir n'est jamais complètement absent, et le livre évite l'écueil de la nostalgie du "c'était quand même de belles années que celles de notre folle jeunesse post-soixante-huitarde" dont on a été abreuvés jusqu'à la nausée et au-delà en mai dernier...

Jonathan Coe est pour moi l'un des très grands romanciers du moment, qui sait faire vivre de vrais personnages, pas des archétypes, et restituer par petites touches toute l'essence d'une époque. Et dérouler des histoires, presque à la manière du roman policier, où un détail a priori sans importance se révèle crucial vingt ans et sept cents pages plus tard. Le tout avec une écriture brillamment inventive, qui mêle et entrecroise les points de vue, les styles (ah ! les fausses lettres-des-lecteurs de l'incontrôlable Harding dans le journal du lycée), avec audace (je repense par exemple au dernier chapitre de Bienvenue au club qui développe façon nouveau roman les pensées de Benjamin le temps d'une gorgée de bière sur des pages et des pages...)

Thank You, Mister Coe !

Posté par Pedrozoreyo à 17:44 - Livres - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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