Du noir mais pas que

Du noir, du polar... Le plus souvent

01 janvier 2009

Gomorra - Roberto Saviano

510IFrdtzELGomorra - Dans l'empire de la camorra, Roberto Saviano, trad. Vincent Raynaud, Gallimard, 2007

C'est vrai que ce bouquin est un truc incroyable.

J'ai eu un peu de mal à y rentrer, un peu désorienté par la forme du texte, qui mélange témoignage direct de l'auteur, informations tirées de sources judiciaires, de commissions parlementaires d'enquête, réflexions sur la nature de la camorra et de son pouvoir sur les gens.

Mais c'est à coup sûr un livre qu'il faut lire. D'abord parce que Saviano, on le sait, a littéralement sacrifié sa vie en le publiant (avant qu'il en perde peut-être un jour l'existence), ce qui le place sur un plan légèrement différent d'un BHL, par exemple...

(Profitons ce 1er janvier pour souhaiter à Roberto Saviano une très bonne année 2009, lui que la mafia avait promis à la mort avant la fin décembre 2008. Puisse-t-il continuer à la narguer très, très longtemps...)

Mais surtout, surtout, parce qu'il met en lumière l'existence, le fonctionnement, la vie d'un des systèmes humains les plus pourris du monde : la camorra.

Si la sauce napolitaine se distingue de son homologue bolognaise par l'absence de viande, son application à la mafia conduit au constat inverse. Y'en a. Plein.

Oui, je sais, on va dire "après tout, des morts dans la mafia, c'est comme les gros chez Mc Do, ils se le sont un peu cherché". Hm.

Le mérite immense de Gomorra est de montrer, de rendre évident le constat que quiconque naît Napolitain ou en Campanie et pauvre a toutes les chances de trimer toute sa vie comme un chien pour un salaire de merde (vraiment de merde). Ou de devenir camorriste. Etre craint, respecté, avoir un revenu décent. Peut-être grimper les échelons du système. Et très probablement finir massacré parce que le vent tourne et les alliances des clans avec.

En gros, être un esclave du système. Ou un rouage du système.

Parce que la camorra, c'est une forme, certes ultra-violente, mais ultra-efficace de capitalisme. Qui fait fonctionner toute l'économie du Sud de l'Italie. Ateliers de confection aux ouvriers semi-esclaves, chantiers du bâtiment, drogue, armes, déchets, tout, tout, tout est bon pour faire du fric. Pour qu'un parrain mégalo se fasse bâtir la maison de Tony Montana dans Scarface (authentique)...

Coppola, De Palma, Scorsese ont montré la mafia dans des opéras ultraviolents, mais tellement bien faits qu'on en admire forcément les personnages de tragédie, cruels et inflexibles, qui regardent la mort en face.

Mais dans la vraie vie, ces capitalistes camorristes (qui copient les films pour se donner un genre) sont de sinistres crapules prêts à tout pour le pèze, des capitalistes barbares.

On sort de ce livre halluciné par le cynisme absolu du Système, et par ce qu'il révèle en fait du monde capitaliste contemporain.

Mais on pourra peut-être aussi trouver exemple et réconfort dans les figures de gens courageux, prêtres, simples citoyens, ou Saviano lui-même, qui au péril (et en général, au prix) de leur vie arrivent encore à s'opposer, "la seule chose qui permet de sentir qu'on est encore un homme digne de respirer".

Parce que faire la révolution, ça ne sera facile nulle part, mais là-bas...

Posté par Pedrozoreyo à 19:37 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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