30 juillet 2009
La Voix - Arnaldur Indridason
La Voix, Arnaldur Indridason, trad. Éric Boury, Métailié, 2007
Grand Prix de littérature policière 2007.
Après avoir été passablement déçu par Hiver arctique, j'ai retrouvé l'Indridason qui m'avait emballé avec La cité des Jarres ou La femme en vert.
Ça commence fort, au pays du Père Noël, quand celui-ci (portier dans un hôtel, homme à tout faire et Santa Klaus saisonnier) est retrouvé poignardé à mort, la bite à l'air, dans le cagibi de l'hôtel de luxe qui lui sert de maison.
Le commissaire Erlendur enquête, toujours aussi encombré de son drame d'enfance, toujours avec ses doutes, sa mélancolie, sa fille toxico... Mais un peu d'humour (froid, cela va sans dire) quand même.
Dans ce roman, Indridason nous donne à découvrir des personnages aux histoires à la fois singulières et marquées par les us et l'histoire (tranquille) de la société islandaise. Il prend son temps, au rythme d'une enquête qui s'embarrasse pas mal de respect des droits, voire de respect humain tout court et qui rendrait fou n'importe quel inspecteur étatsunien. Et l'on découvre de tristes histoires qui prennent racine, comme toujours chez Indridason, au sein des familles et de leurs secrets.
01 juin 2009
Hiver arctique - Arnaldur Indridason
Hiver arctique, Arnaldur Indridason, Trad. Eric Boury, Métailié, 2009
C'est long, l'hiver arctique...
Et le roman d'Indridason aussi !
Bon, j'avais beaucoup aimé La cité des jarres et la Femme en vert, j'ai donc ouvert cet Hiver arctique avec une joie impatiente. Mais j'ai été un peu déçu.
L'histoire, en deux mots. Un enfant est retrouvé poignardé en bas de son immeuble. Comme il est d'origine thaïlandaise, on soupçonne le crime raciste.
Le commissaire Erlendur, toujours aussi joyeux drille, avec son drame d'enfance qui ne passe pas, ses enfants drogués, sa solitude et ses airs bourrus mène l'enquête. Au cours de laquelle il va apparaître que la société islandaise, si longtemps isolée, si attachée à ses racines viking a du mal à gérer l'arrivée d'immigrés.
C'est loin d'être inintéressant, mais que de longueurs ! Je me suis surpris à râler à voix haute en lisant pour la nième fois les mêmes questions posées à un nième témoin... Le travail policier est souvent chiant et routinier, ce n'est pas une bonne raison pour que la lecture d'un roman policier le soit aussi !
Heureusement, ça accélère sec sur le final, qui sauve un peu le bouquin.
En tous cas, à lire de préférence en été, sinon, c'est la dépression assurée.
08 janvier 2009
La femme en vert - Arnaldur Indridason
La femme en vert, Arnaldur Indridason, trad. Eric Boury, Métailié, 2006
Grand prix littéraire des lectrices de Elle 2007
Le commissaire Erlendur Sveinsson, héros récurrent des polars d'Indridason n'est pas un marrant. "Le printemps et l'été n'étaient pas les saisons préférées d'Erlendur. Trop de lumière. Trop de légèreté". Quand on sait qu'on parle de l'ISLANDE, là... Bref, c'est pas vraiment Séraphin Lampion.
Il faut dire qu'avec une fille toxico, enceinte et dans le coma, un fils qu'il ne voit jamais et une ex qui le hait d'une haine bien tenace, il n'y a pas vraiment de quoi sauter au plafond.
Ah, la famille...
Ben justement, c'est de ça qu'il est question dans cette nouvelle enquête d'Erlendur Sveisson. Un squelette datant de la dernière guerre est découvert dans les fondations d'un nouveau quartier de Reykjavik. Est-ce l'ex-fiancée de l'ancien propriétaire des lieux, disparue corps et biens plus ou moins à cette époque ? Quel rapport avec l'histoire de cette famille, qui nous est contée en parallèle à l'investigation policière ? Famille qui vit sous l'empire tyrannique d'un mari et père violent, un de ces monstres discrets que les faits divers mettent parfois en lumière. Le voisin du dessous, le quincailler du coin, le collègue de bureau dont on n'aurait jamais pensé qu'il...
On retrouve l'atmosphère pesante et triste de La cité des jarres, son rythme qui n'a rien d'hystérique, une enquête plutôt pépère, sans suspense ni réelle tension. Celle-ci est bien plutôt dans l'ambiance irrespirable des secrets de famille bien enfouis, de la violence et du Mal inouïs qui s'y cachent parfois, et des ravages qu'ils causent chez les victimes.
Un polar humain, très humain. Malheureusement.
23 décembre 2008
La cité des jarres - Arnaldur Indridason
La cité des jarres, Arnaldur Indridason, trad. Eric Boury, Métailié, 2005.
Eh oui, encore un ! Mais après celui-ci, on quittera la Scandinavie pour Naples et sa Camorra...
Ça faisait un bail que j'entendais parler de cet auteur, et de ce livre en particulier : libraires, blogueurs, connaissances... Tout le monde était unanime pour m'assurer que c'était là du tout bon.
Eh ben c'est vrai.
...
En fait, j'étais tenté d'arrêter là ce commentaire, je trouvais ça amusant.
Mais j'ai envie d'en parler un peu quand même. Et d'essayer de repondre à cette question : "pourquoi est-ce un bon livre" ?
Un peu pressé par le temps, j'esquive le commentaire composé en trois parties, et me contenterai de relever quelques éléments, un peu en vrac.
D'abord l'intrigue. Ça compte, dans un polar.
(A ce propos, je me suis fait encore une fois la remarque, alors que je regardais une -assez bonne- adaptation télévisée de romans de Mankell, que j'étais incapable de me rappeler les intrigues de ces bouquins. Chez Mankell, comme chez beaucoup d'auteurs, même si le mystère est savamment distillé, si le rythme est haletant et si on se creuse la cervelle à la recherche du coupable, je retiens surtout les ambiances, le ton, les personnages.)
N'empêche. Sans intrigue, ce serait raté. Et celle-ci tient ses promesses. C'est comme un combat de jiu-jitsu brésilien (ou une partie d'échecs, si vous préférez) : il n'y a pas trente six mille façons d'ouvrir une partie, ni un roman policier. Ici, ça commence avec la découverte d'un cadavre, tué à son domicile d'un coup de (gros) cendrier sur la tête. Et comme aux échecs (ou au jiu-jitsu brésilien), les combinaisons et possibilités sont ensuite (presque) infinies. Et c'est là qu'on juge. (Comme...)
Dans La cité des jarres, l'histoire s'articule autour de la question de la filiation, de la pa(ma)ternité, principalement. De l'héritage qui se transmet d'une génération à l'autre : histoire, gènes, névroses...
De la perte, aussi : celle d'un enfant, d'un père, de ses certitudes et ses repères...
Et du Mal qui habite certains, et des ravages qu'il cause, à travers le temps qui passe.
Ensuite, il y a les personnages, dont bien sûr et surtout le personnage principal, le commissaire Erlendur Sveinsson. Forcément usé, abîmé par la vie, deux enfants toxicos, et un métier qui ronge l'âme ("quand tu regardes longtemps l'abîme, l'abîme aussi te regarde", disait Nietzsche). Mais humain, doux (sauf si on le fait vraiment trop chier) et compatissant quand même.
Et puis, quand même, de temps en temps, un petit trait d'humour pince-sans-rire, bienvenu ("Peut-on commettre un meurtre en chaussettes ?").
Le tout dans un style qui n'en fait pas des tonnes, sans "action" (comme on dit "film d'action"), ou presque, et qui pourtant nous tient en haleine du début à la fin.
Peut-être que ce polar, comme beaucoup de ses congénères hyperboréens nous touche parce qu'il sait rester humain, a contrario des production anglo-saxonnes où tout est toujours "plus" (plus horrible, plus fort, plus tordu, plus rapide...).
Du tout bon, c'est vrai.