Karin-Slughter-BrokenBroken, Karin Slaughter, trad. Bernard Ferry, Grasset, 2013.

Mouif...

De Karin Slaughter, j'avais plutôt apprécié son précédent, Genesis. Du thriller classique, avec tout ce qu'il faut dedans.

Là... Bof. Pas très emballé. Peut-être parce qu'enfiler deux thrillers de suite (eh oui, je lis peu en ce moment. J'ai mes raisons, non mais alors), ça fait ressortir les ficelles employées, qui sont, reconnaissons-le, un peu toujours les mêmes. Du coup, pour que ça prenne, il faut vraiment qu'il y ait un petit truc en plus : un style d'écriture (bon, en général ça n'est pas trop de ce côté-là que ça se distingue, sauf avec des DOA, ou des Chainas), des personnages un peu hors du lot, des situations, une trouvaille particulièrement surprenante... Et que ça reste à peu près cohérent et crédible par-dessus le marché.

Bref.

Dans mon précédent billet, je relevais l'une de ces ficelles que je commence à trouver un peu gonflante chez les auteurs états-uniens, celle de la guéguerre de territoire entre les polices, le c'est-pas-un-gars-de-la-grande-ville-qui-va-venir-faire-la-loi-dans-MA-ville vs on-va-pas-laisser-des-culs-terreux-foirer-cette-affaire...

Eh ben, pas de bol, c'est pile-poil là-dessus que repose l'essentiel du dernier Slaughter.

Alors, pour commencer, bien entendu, un bon petit meurtre : une jeune étudiante, sympa, méritante, issue d'une famille de petits blancs pas cools, mais qui, manque de pot, paf, se fait trucider près d'un lac, et en plus c'est l'hiver et ça caille.

La police locale (les culs-terreux, donc) pense trouver vite fait le coupable : un demeuré qui a (lui aussi) la malchance de se retrouver face aux flics avec une cagoule sur la tête et un couteau sanguinolant dans la main et de planter ce dernier dans le bidon de l'un d'eux au moment de son interpellation. Y'en a, vraiment, on se demande s'ils ne le font pas un peu exprès...

Résultat : au poste, après séance de chaussettes à clous (on ne touche pas à un collègue, c'est pas compliqué à comprendre, bordel !), et suicide du jeune déficient intellectuel.

Affaire classée.

Sauf que non, parce que, ce coup-ci, ce sont les flics qui sont maffrés : tout ça se passe dans la ville d'origine de Sara Linton (déjà croisée dans le Genesis sus-cité, et apparemment dans pas mal d'autres bouquins), veuve toujours inconsolable du précédent chef des flics de la petite bourgade, qui justement rentre passer les fêtes de Thanksgiving dans sa famille (quand le sort s'acharne, hein...), et connaît le prétendu assassin, assez en tous cas pour être sûre de son innocence. Qui appelle ses vieux potes du GBI (apparemment version géorgienne du FBI, mais je n'en jurerais point), histoire de venir y voir de plus près. Eh oui, parce que la fliquette qui est en charge de l'affaire est la même que Sara rend responsable de la mort de son bien-aimé, alors forcément, elle l'a un peu en travers.

Bon. Alors, on envoie Will Trent, dyslexique camouflé, (faudra quand même un jour m'expliquer comment il a passé à travers les exams, ou concours, enfin, j'imagine que même en Georgie on ne recrute pas les super-enquêteurs en costard par tirage au sort) et personnage récurrent numéro deux, privé de sa comparse en couches, mais toujours affublé d'une épouse-un-peu-compliquée). Et là, évidemment, tous les bouseux-du-coin en uniforme serrent les coudes, parce que, hein, etc. Surtout qu'en plus ils ne sont pas hyper blanc-bleu, avec leur (nouveau depuis la mort de l'autre) chef alcoolo, et la jeunette bordeline...

Et là, j'ai trouvé que ça traînasse un peu, Trent découvre bien sûr les foirages de ses collègues locaux, qui lui font la vie dure en retour, et voili-voilà. Entre-temps, le tueur remet ça sur l'ex de la première victime, et sinon, Willy se coltine la maman de Sara qui lui remplit la panse de bons plats rustiques et le titille un peu parce qu'elle pense qu'il serait temps que sa tristouille de fille se recase, et qu'il est plutôt bien fait de sa personne, le gars.

Qu'on se rassure, il y a quelques surprises et retournements de situation, donc on va quand même jusqu'au bout du bouquin. Mais sans exaltation exagérée.

Parution le 10 avril, si ça vous tente.