3109585124N'ouvre pas les yeux, John Verdon, trad. P. Bonnet et S. Boulongne, Grasset, 2012.

... sauf pour lire. (Du noir, mais pas que).

Une jeune femme décapitée le jour de son mariage. Le coupable évident, le jardinier mexicain de la famille semble s'être évaporé dans l'éther, ainsi que la voisine. Crime abominable, solution a priori facile. Sauf qu'impossible de mettre la main sur le méchant. Vraiment impossible.

Alors la mère de la victime décide d'engager l'inspecteur retraité Gurney pour ajouter son gros talent à ceux des flics du coin qui piétinent.

Bon, il se fait un peu prier, sa femme fait un peu la tronche, mais il finit par y aller.

Et là, ça se complique. Façon Mystère de la chambre jaune (en plus gore, quand même) : le meurtrier est forcément passé par là, sauf que c'est absolument impossible, et ouh là, ça coince quelque part.

En plus de ça, tout le (beau) monde qui gravite autour de ce meurtre est composé de gens bien tapés : la victime elle-même, petite garce narcissique, manipulatrice, et sexuellement pas très clean, son (short time) mari, son ex-thérapeute, en fait (et qui soigne dans son institut très discret exclusivement des... jeunes femmes prédatrices sexuelles), le voisin qui passe ses journées à jouer au train électrique en écoutant des chants de Noël...
Bref. Vol au-dessus d'un nid de coucou, à côté, c'est un groupe de parole chez les amish.

Alors, dès qu'il gratte (de façon fort perspicace d'ailleurs) un peu cette histoire bien complexe, Gurney trouve tout un tas de trucs qui puent la folie, le sexe et la mort.

Il ne faudrait pas que j'en dise trop, quand même... Non, là ça va. Ca reste assez général.

Disons tout de suite que le côté à la fois hyper-tordu et hyper-brillant de l'objet de la traque, la conception même et la réalisation des méchantes choses qui se produisent (que de contorsions pour ne pas trop dévoiler !) sont à ce point formidables que ça en est pour le moins improbable, voire carrément invraisemblable.

Mais dans ce genre de littérature, l'enjeu ne se situe pas tant entre le(s) bad guy(s) et le flic qui lui(leur) court après qu'entre l'auteur et son (ses) lecteur(s). Un jeu où celui-là cherche (et dans ce cas : réussit) à bluffer celui-ci par ses capacités à imaginer des monstres... monstrueux, des folies... très très folles et des gentils très très futés et très très pugnaces. Et une intrigue tordue au maximum.

Voilà. Si on aime le genre, et on aimera ce bouquin. Moi j'ai un peu trainé des pieds au début, et puis après, plus possible de lâcher. A vous de voir... (Jeu de mots !)