Comme NeigeComme neige, Jon Michelet, trad. Alex Fouillet, Presses Universitaires de Caen, 2012.

Mouaif.

Bon, soyons franc et honnête : je n'ai pas vraiment accroché à ce bouquin.

Pour être vraiment franc et honnête, je dois avouer que ce n'est pas entièrement sa faute. Allez savoir pourquoi, il y a des moments où l'on a du mal à consacrer suffisamment de temps à la lecture. Des périodes où trois pages suffisent à vous endormir, quelle que soit l'heure. C'est comme ça, on est des humains. J'ai dû attaquer ce livre au mauvais moment et il m'a fallu un temps infini pour en venir à bout.

Maintenant, comme dans toute rencontre un peu décevante, la responsabilité est forcément partagée. Comme neige a, à mon humble avis, sa part de torts.

D'abord, il faut préciser que si la traduction est toute récente, l'oeuvre originale, elle, date de 1980. Premier hic : si je ne suis pas hyper hyper familier du quotidien norvégien en 2012 (quels sont les chanteurs ou les présentateurs télé populaires, les pub à la mode, les fringues tendance...), j'avoue l'être un peu moins encore de celui d'il y a 30 ans passés. Or le héros-narrateur multiplie les références et les allusions à des événements, et plus généralement à l'air du temps de l'époque, qui du coup sont un peu abstrus pour le lecteur français contemporain... Peut-être que quelques notes supplémentaires auraient permis d'y voir un peu plus clair.

Et puis, je n'ai vraiment pas réussi à m'attacher au personnage. Celui-ci est un ancien flic, qui a fait du trou pour avoir buté un nazi lors d'une enquête, et qui depuis vend des campagnes de pub, picole tant et plus et porte sur le monde et ses contemporains un regard cynique et désabusé. Rien de révolutionnaire donc, mais en plus de ça, certains passages où celui-ci délire (sous l'emprise de l'alcool, de la fièvre ou de l'héroïne) sont carrément incompréhensibles...

Pourtant, l'ouverture est plutôt réussie : Vilhem Thygesen (c'est lui) se réveille d'une nuit de cuite carabinée et trouve dans sa salle de bains le cadavre d'un gus refroidi à coups de talon-aiguille. Après s'être à peu près convaincu qu'il n'est pas le meurtrier, il va devoir chercher dans sa mémoire embrumée pour remonter le fil des événements et retrouver le coupable. Parce qu'évidemment, avec un CV comme le sien, il y a peu de chances que la police s'embarrasse beaucoup à écouter ses explications embrouillées...

Et ça va le plonger dans l'Oslo underground des toxicos, punks, putes de bas étage, trafiquants à la plus ou moins petite semaine. J'ai trouvé là aussi que la part belle est faite à la critique un peu facile de la société norvégienne, à l'ironie et au cynisme, au détriment peut-être d'un rythme un peu plus soutenu qui aurait davantage porté le lecteur.

Au crédit (quand même) de ce polar nordique d'avant le succès mondial du polar nordique, quelques descriptions bien fichues de quartiers d'Oslo, un tableau de la mentalité et de la bonne société norvégienne qui fait parfois mouche (et pour le coup, semble n'avoir pas pâti du temps qui a depuis passé), et un côté très réaliste : notre héros n'a rien d'un Jack Bauer ni d'un Vic Mackey : quand il se bastonne il a la pétoche et s'en prend plein la tronche...

Au final, je reste avec un goût de déception (il faisait quand même envie, ce roman), et je suis curieux de découvrir l'avis d'autres lecteurs.