Du noir mais pas que

Du noir, du polar... Le plus souvent

30 août 2009

La religion - Tim Willocks

La_Religion___WillocksLa Religion, Tim Willocks, trad. Benjamin Legrand, Sonatine, 2009.

Malte, 1565. Les Turcs Ottomans de Soliman le Magnifique se lancent au nom d'Allah à la conquête de l'île de Malte. Sur ce bastion de la Chrétienté en Méditerranée, les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dits "les Hospitaliers", dits "la Religion" s'apprêtent, Monsieur de La Valette à leur tête, à encaisser l'assaut. Et à défendre coûte que coûte, au nom du Christ et du Baptiste, cet îlot d'Occident.
Il s'ensuit l'une des plus féroces batailles de l'histoire.

Matthias Tannhauser, un allemand enlevé en son jeune âge par les Turcs, ancien janissaire et trafiquant d'armes et d'opium doublé d'un stratège hors-normes, se trouve entraîné, pour les beaux yeux de deux belles, dans cette furie guerrière et fanatique...

Il a déjà été pas mal dit et écrit sur ce livre (et à juste titre), par exemple (et de brillante façon) par Mona Chollet, du Diplo ou par M. Jean-Marc Laherrère, collègue en polarderies (dont l'incroyable rythme de lecture me laisse toujours baba) et en toulousitude (contrariée dans mon cas).

J'ai, comme tout le monde, été emporté dans ce tourbillon de fureur, de sang, de boue , de merde et de passions, d'horreur et de sublime...  L'interminable répétition des récits des effroyables boucheries que furent ces batailles livrées à coups de canons, d'arquebuses, d'épées et de haches donne le tournis, parfois jusqu'à la limite de la nausée.

Mais l'intérêt du roman tient pour beaucoup au personnage de Tannhauser, à la fois héros à la James Bond, redoutable à la bagarre, séducteur, rusé, courageux, chanceux, etc. et pont entre Occident et Orient, qu'il a connus tous deux, dont il connaît les codes et apprécie les grandeurs respectives.

Bien sûr, on sent en filigrane le plaidoyer anti-guerres des civilisations avant l'heure.

Et c'est peut-être ce côté parfois un peu trop moderne des personnages qui m'a, de temps en temps, dérangé. Comme lorsqu'une des dames évoque son "Moi profond" (au XVIème siècle...), ou encore quand se met en place un gentil ménage à trois (en français dans le texte) en pleine Malte sous la coupe peu libertine des Chevaliers bientôt éponymes...
Mais ce ne sont que péchés véniels, largement absous par la grandeur, la beauté et la force du roman.

Ite !

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25 août 2009

Bangkok 8 - John Burdett

Bangkok_8Bangkok 8, John Burdett, trad. Thierry Piélat, Presses de la Cité, 2004.

J'ai mis un moment à me décider à acquérir ce livre-ci. Un polar à Bangkok, qui plus est écrit par un farang (un Occidental, quoi), n'allais-je pas me retrouver dans une de ces merdouilles à l'exotisme galvaudé, servie par un petit bourgeois d'Europe empli de haine de soi, et qui allait me faire chier à chaque page avec son regard du mec-à-qui-on-la-fait-pas-et-qui-lui-mieux-qu'un-autre-a-su-comprendre-l'Orient-pas-comme-un-touriste-tu-vois ? (Genre lui).

Non.

A la place, je me suis laissé dévorer par l'intrigue (elle est tordue tout juste comme il faut), avaler par l'ambiance si thaïement chaude, sensuelle, moite et dangereuse, happer par ce qu'on entraperçoit de l'univers spirituel d'un thaï flic et moine bouddhiste.

Bref, une réussite totale.

L'histoire, en deux mots : Bangkok, 8ème district. C'est le coin le plus chaud d'une ville déjà bien chaude. On y vend du sexe, des drogues, du bonheur tarifé pour Occidentaux blasés.
L'inspecteur Sonchaï Jitpleetcheep, métis né d'une pute de Bangkok et d'un GI américain et adepte de la Voie du Bouddha part sur le sentier de la guerre quand son partenaire et "frère en esprit" se fait tuer en même temps qu'un marine américain.
Difficile d'être le seul flic honnête dans une ville bouffée par la corruption, surtout quand votre chef bien-aimé est lui-même un truand notoire.
Mais quand on se soucie de son karma et de ses futures réincarnations, pas grand chose ne peut arrêter quelqu'un déterminé à se faire justice...

Attention ! Il ne s'agit pas là d'une version siamoise de l'Inspecteur Harry... L'équipe formée par Sonchaï et une enquêtrice du FBI dépêchée sur place donne lieu à de fréquents échanges de vue entre logique occidentale et philosophie bouddhiste pleins d'humour (et d'enseignements).

Au total, on passe d'excellents moments, on se distrait tout en se cultivant... Que demande le peuple ?

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11 août 2009

Et m... !

ALeqM5gcL1mxK9FvdRLrhUyV94UeP_ejggJonquet_rouge_vie_P

Thierry Jonquet est mort. A 55 ans.

Et c'est une bien triste nouvelle.

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01 août 2009

Les jardins de la mort - George P. Pelecanos

Les_jardins_de_la_mortLes jardins de la mort, George P. Pelecanos, trad. Étienne Menanteau, seuil, 2008.

Pour les fans de The Wire.

Un jeune Noir est retrouvé tué d'une balle dans la tête dans le jardin collectif d'un quartier populo de Washington DC. Certains détails rappellent étrangement le modus operandi d'un serial-killer des années 80, jamais arrêté. Le sergent Gus Ramone, épaulé par deux ex-flics concernés à l'époque par l'affaire, mène l'enquête.

George P. Pelecanos a du talent. Celui de peindre (comme tous les auteurs de polars talentueux) une société qu'il connaît bien : celle des villes de la côte Est, leurs ghettos, leurs petits et gros trafics, la vie des gens modestes, Noirs ou Blancs qui mènent leur barque tant bien que mal, le mépris des puissants, le racisme tenace... Il a aussi celui de créer des personnages attachants, jamais enfermés dans des archétypes, et profondément humains, quel que soit leur "camp", flics ou voyous.

Un esprit, une atmosphère qui rappellent beaucoup ceux de la très bonne série The Wire. Ce qui est loin d'être un hasard puisque Pelecanos a scénarisé plusieurs épisodes de la série. Les connaisseurs apprécieront au passages quelques clins d'œil bien sentis à ladite.

George P. Pelecanos, une autre de mes valeurs sûres.

Posté par Pedrozoreyo à 17:33 - Livres - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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