31 juillet 2009
Noir béton - Eric Miles Williamson
Noir béton, Eric Miles Williamson, trad. Christophe Mercier, Fayard Noir, 2008.
Du solide
C'est une plongée hallucinée dans le monde des ouvriers du béton (la "gunite" qu'on projette à la lance) de San Francisco, Californie. Autour d'un contremaître à la colonel Kurtz, un groupe d'ouvriers qui se défoncent au boulot, picolent, se shootent, sombrent dans la misère, meurent ou survivent...
C'est écrit dans un style très épuré, strié parfois de fulgurantes envolées lyriques et sombres, presque poétiques. On lit ce roman d'une traite tant on est emporté, pulsé, par l'énergie qui anime ces personnages. C'est aussi très noir, et préfigure probablement ce que sera le monde ouvrier chez nous aussi si on poursuit sur notre lancée : un amas d'individus aux solidarités éphémères et fragiles dont la seule idéologie sera "chacun sa gueule et la Dope pour tous"...
30 juillet 2009
La Voix - Arnaldur Indridason
La Voix, Arnaldur Indridason, trad. Éric Boury, Métailié, 2007
Grand Prix de littérature policière 2007.
Après avoir été passablement déçu par Hiver arctique, j'ai retrouvé l'Indridason qui m'avait emballé avec La cité des Jarres ou La femme en vert.
Ça commence fort, au pays du Père Noël, quand celui-ci (portier dans un hôtel, homme à tout faire et Santa Klaus saisonnier) est retrouvé poignardé à mort, la bite à l'air, dans le cagibi de l'hôtel de luxe qui lui sert de maison.
Le commissaire Erlendur enquête, toujours aussi encombré de son drame d'enfance, toujours avec ses doutes, sa mélancolie, sa fille toxico... Mais un peu d'humour (froid, cela va sans dire) quand même.
Dans ce roman, Indridason nous donne à découvrir des personnages aux histoires à la fois singulières et marquées par les us et l'histoire (tranquille) de la société islandaise. Il prend son temps, au rythme d'une enquête qui s'embarrasse pas mal de respect des droits, voire de respect humain tout court et qui rendrait fou n'importe quel inspecteur étatsunien. Et l'on découvre de tristes histoires qui prennent racine, comme toujours chez Indridason, au sein des familles et de leurs secrets.
10 juillet 2009
Rue Sans-Souci - Jo Nesbø
Rue Sans-Souci, Jo Nesbø, trad. Alex Fouillet, Gaïa, 2005
N'est-ce pas beau ?
Une chose est sûre, avec Nesbø, c'est du garanti sur facture. Aucun risque d'être déçu.
Rue Sans-Souci est le quatrième épisode des aventures de l'inspecteur Harry Hole, toujours aussi grand, toujours aussi alcoolo abstinent (sauf quand il picole), toujours aussi peu conformiste, et toujours aussi teignous.
Tout héros récurrent de polar qui se respecte se retrouve un jour dans la situation d'être soupçonné, voire accusé de meurtre (en général victime d'une machiavélique machination). Là, c'est le tour de Harry Hole. Une soirée chez une ex au tempérament de feu, une cuite, un trou noir, un cadavre. Et boum. Et ça craint pour lui.
Le plaisir qu'on prend à lire Nesbø, c'est que même après des dizaines de romans, films, séries qui utilisent en gros les mêmes ficelles, on arrive encore à se faire balader dans des intrigues à double, triple, quadruple détente, à essayer de se rappeler les indices semés dans les précédents opus, à deviner ceux qui serviront dans les prochains...
Avec en plus le bonheur d'une écriture intelligente, avec adresses au lecteur, prolepses, ironie subtile...
Des comme lui, on en compte peu aujourd'hui. En tous cas, il est bien placé dans mon top ten perso.