30 mars 2009
La plus grande des vertus
J'ai essayé, pourtant.
Au début, ça allait, j'étais si fier de moi.
Et puis je retrouvais le bonheur d'être libre...
Ne plus y penser, jour et nuit, en voiture, au boulot... Aux cabinets, même, oui, au cabinets !!!
Et puis...
Paf.
C'était fatal.
J'ai replongé.
Dans Le trône de fer.
Je crois que je vais devoir tous me les taper, sinon... Le manque.
Il risque de ne pas y avoir de nouveauté sur ce blog avant un petit temps... Neuf tomes encore devant moi ! Miam ! Miam !
(Ne faites pas la même erreur que moi. Vous avez la vie devant vous ! Ne commencez pas, ne touchez jamais au Trône de fer !)
23 mars 2009
Annif'
Ça m'avait échappé... Voilà maintenant un peu plus d'un an que ce blog existe. 58 billets, publiés à un rythme... Variable. Eh oui, c'est comme ça. Périodes de frénésie bouquinière alternent avec passages à vide, manque de temps, de disponibilité, de découvertes...
C'est surtout que j'ai voulu ce blog pour partager, au gré des découvertes plaisirs (fréquents) ou déplaisirs (inévitables), mais certainement pas me filer une contrainte de plus dans la vie.
Merci en tous cas aux 4676 visiteurs qui à ce jour ont visité 7046 pages, parmi lesquelles arrivent en tête (aujourd'hui) celles sur :
- Jonathan Coe avec Bienvenue au Club et Le cercle fermé
- Zulu de Caryl Férey
- Rituel de Mo Hayder
Et en route pour une année de plus de noir... Mais pas que.
22 mars 2009
Le trône de fer - George R.R. Martin
Le trône de fer, George R.R. Martin, trad. Jean Sola, Pygmalion, 1997 et post...
De la fantasy pour les grands.
Je dois reconnaître que j'ai sur le genre "fantasy" un certain nombre d'a priori négatifs. Je vois ça un peu comme une sous-littérature pour ados attardés et autres inadaptés sociaux qui fuient la réalité dans des mondes imaginaires peuplés de chevaliers couillus, de méchants diaboliques, de dragons et de chimères. Les mêmes qui passent leurs week-end à "poutrer de l'orque" autour de tables de jeux de rôles, ou pire, errent sans crainte du ridicule dans des forêts, vêtus de capes et de collants verts, épées et haches de guerre en latex à la main "poutrant" également "de l'orque", mais en "grandeur nature" pour le coup.
Et dont j'ai, de façon ponctuelle mais répétée, fait partie. Avec une délectation un peu coupable.
Bref. Parcourir les "4 de couv' " du rayon "SF-Fantasy" d'une librairie, c'était un peu la honte. Et la déception de tomber encore et toujours sur des sous-sous-sous-remakes de l'immense Seigneur des Anneaux.
Heureusement, grâce à un jeu de plateau assez amusant et un billet sur un blog ami, j'ai découvert Le trône de fer, de George R.R. (Ronald Reuel ??) Martin.
Et là : heureuse, heureuse surprise. Je me suis fait happer. Plouf ! Et m'en suis enfilé les trois premiers tomes sans déban sans prendre le temps de souffler (sur une douzaine à ce jour). Là, j'arrête un peu, mais j'y reviendrai, sûr-sûr. Et plus tôt que tard.
Mais pourquoi donc est-ce si bon ? Vous demandez-vous, pantelants.
Parce que, d'abord, même s'il appartient sans conteste au genre fantasy, Le TdF n'use qu'avec grande parcimonie du recours au merveilleux. Peu de magie, pas d'elfes à oreilles pointues ni de nains grognons et trapus. Et évite le côté con-con et cache-sexe d'un manque d'imagination criant qui est l'apanage fréquent et regrettable du genre.
On suit au long des tomes les histoires de plus d'une dizaine de personnages, au gré d'intrigues politiques, de combats épiques (mais plutôt rares, c'est heureux, là aussi Martin a bien compris qu'abondance de bien peut nuire), d'aventures multiples et bien sûr liées entre elles. Enfin, j'imagine que c'est ce qu'on découvre quand on a tout lu.
Le tout dans un imaginaire qui rappelle un peu les légendes arthuriennes, mais avec une vision très contemporaine de l'humanité : les gentils ne le sont jamais de façon univoque, les méchants... Bon, si, les méchants, sont vraiment méchants. Encore que, encore que...
C'est parfois cru, parfois cruel et violent, souvent surprenant (les personnages meurent abondamment, il vaut mieux éviter de trop s'y attacher...)
Mais (presque) essentiel pour moi : c'est très bien écrit, et les tournures "à la manière des" contes médiévaux contribuent à l'ambiance sans alourdir le style. Et ce n'est pas rien.
Que du bonheur, donc, et en quantité. Il parait d'ailleurs que la chaîne américaine HBO envisage une adaptation en série de l'oeuvre de Martin... Je ne serai pas le dernier à me jeter dessus si ça se concrétise.
Un homme très recherché - John Le Carré
Un homme très recherché, John Le Carré, trad. Mimi et Isabelle Perrin, Seuil, 2008.
A Hambourg Issa, jeune clandestin qui prétend être Tchétchène cherche refuge dans une famille d'immigrés Turcs. Il attire aussitôt l'attention soupçonneuse des espions allemands et celle, compatissante de la jeune, belle et idéaliste avocate Annabel Richter.
Et puis l'on découvre qu'Issa est l'héritier d'une petite fortune bien mal acquise et déposée dans une banque anglaise faussement respectable, dont le sexagénaire directeur Tommy Brue, mauvais père repentant, voit son mariage se déliter doucement...
Et hop ! C'est parti pour une histoire faite des inévitables faux-semblants et vas-y-que-je-te-manipule du monde très secret des Services du même nom, où le meilleur des sentiments humains ne fait jamais le poids face aux impératifs catégoriques de la Sécurité et de la Raison d'État, à l'heure de la "Guerre contre le Terrorisme"...
Un bon cru Le Carré, millésime 2008, frais en bouche, aux saveurs humanistes avec une touche d'amertume anti-bush-blair-et-consorts.
A savourer, avec ou sans modération.
The Wire
Pour être (aussi) fort amateur de séries TV, je l'affirme haut et fort ici même : il en est peu d'aussi bonnes que The Wire.
Au premier abord, on jurerait une série policière "de plus". Ouh, l'erreur. Non, non, non... The Wire c'est tout ce qu'il y a de meilleur dans les meilleurs polars.
Ça se passe à Baltimore, Maryland, sur la côte est des États-Unis. Baltimore a ceci de particulier qu'elle est une cité majoritairement noire. Je l'ignorais moi aussi jusqu'à The Wire. Loin d'être la Cité Radieuse, elle n'en est pas pour autant un ghetto géant. Y'a du bon. Et du mauvais, aussi. Dit comme ça, c'est nul, c'est pour cela que la série le dit en cinq saisons de 10 à 13 épisodes.
On y découvre Baltimore à travers la vie d'une brigade spéciale de la police, chargée de placer sur écoute (d'où le nom de la série) un gros bonnet de la drogue. L'équipe est déjà fort attachante, avec Mc Nulty, Irlandais cabochard et porté sur la boutanche (Irlandais, quoi), le lieutenant Daniels, droit comme un I dans ses bottes, Lester le discret limier, Kima jolie métisse lesbienne, et tout un tas d'autres.
Mais l'immense qualité de cette production, c'est d'éviter la vision georgebushienne d'un monde divisé en gentils et méchants. Le ghetto, la zone, les gangs sont montrés sous leur côté (parfois insupportablement) sordide, violent, détestable, mais pas seulement. Ce monde des "bad people" est aussi, fort subtilement et sans angélisme, dépeint comme complexe (même si le mot m'irrite les couilles de trop l'entendre dans la bouche des connards faiseurs d'opinion libéraux-mais-de centre-gauche de France Inter entre autres, mais je m'égare), profondément humain, où l'écrasante misère et la loi des gangs n'empêchent ni le courage, ni l'amour, ni le reste.
Idem chez les flics, où l'on trouve autant de connards brutaux et bornés que d'être humains, attachés à l'idée de justice, obstinés, et souvent dépassés par une réalité sociale écrasante.
Impossible de résumer une œuvre de près de 60 heures, mais on peut dire qu'elle délivre une peinture extrêmement riche de la ville, qui de décor, devient en fait le sujet de l'histoire. La saison 1 s'attache au récit de l'enquête et de la lutte contre le gang Barksdale. La saison 2 se situe sur les docks de la ville, lieu de tous les trafics, mais aussi de la solidarité ouvrière petite et grande, les suivantes décrivent la corruption et les luttes de palais autour des lieux de pouvoir : mairie, Etat, Préfecture... La sixième ajoutant un regard nuancé et lucide sur le pouvoir, les limites et les contraintes de la presse.
Ce regard presque documentaire sur la ville de Baltimore, on le parcourt au côté de personnages attachants ou répugnants, mais jamais simples, jamais des archétypes. On le sait bien, rien ni personne n'est tout noir, ni tout blanc (sans mauvais jeu de mot), même si le gris de certains est bien plus foncé que d'autres...
Une fois la série "bouclée", on quitte à grands regrets des personnages que l'on a vus évoluer, lutter, mourir ou survivre mais dont chacun laisse une petite trace dans nos esprits, voire dans nos coeurs. Et une ville qu'épisode après épisode, on a appris à connaître, et peut-être, à aimer.


