Bard4emeplaieLa quatrième plaie, Patrick Bard, Fleuve Noir, 2004

Roman noir en Afrique

Des humanitaires aux prises avec la maladie du sommeil qui ravage l'Ouganda et la soif du profit qui anime l'industrie pharmaceutique. Avec guérilla millénariste et enfants-soldats en toile de fond.

J'ai aimé la construction assez originale : l'intrigue qui ouvre le récit n'est pas celle qui est développée par la suite et se révèle n'être qu'une péripétie tout à fait secondaire.

J'ai aimé aussi le regard sur l'Afrique que porte Bard : ni misérabiliste, ni angélique. Police et fonctionnaires ne sont pas systématiquement corrompus ni incompétents, toutes les politiques ne sont pas toujours des échecs ou des duperies.

Le milieu des ONG échappe lui aussi aux clichés qui généralement mettent en scène de jeunes idéalistes naïfs ou des vieux briscards désabusés et brisés par la saloperie humaine.

Enfin, ce livre a l'immense mérite de ramener un peu sur le tapis la question de l'accès aux médicaments pour les populations pauvres et met à nu l'impossible adéquation entre logique du profit et respect de la vie humaine.

Un seul petit reproche (bah oui, on ne se refait pas, comme me l'expliquait un ami récemment) : le principal personnage, "Abe", médecin de son état n'a justement pas vraiment un regard de médecin, on ne "le sent pas" toubib (enfin, d'après ce que je peux en imaginer n'ayant pas moi-même prêté le serment d'Hippocrate), et semble ignorer (pour que le lecteur comprenne bien) des choses qui devraient être évidentes pour lui...
Rien de méchant.

A noter pour finir que Bard a également écrit La frontière sur les femmes assassinées de Tijuana, qu'on lira avec plaisir (et profit).