51noIt9MtVLZulu, Caryl Férey, Série Noire Gallimard, 2008

Ça arrive souvent quand on a entendu têêêllement de bien d'un bouquin : on est déçu.
Voilà, c'est arrivé une fois de plus.

Bon, c'est pas grave, hein, c'est pas non plus une groooosse déception. Il y a quand même des choses pas mal dans ce livre.

Parce que l'action se déroule en Afrique du Sud, et que 14 ans après la fin officielle de l'Apartheid, les choses sont loin d'être roses dans la nation Arc-en-ciel, surtout si on est noir. Et pauvre. Et qu'il n'y a pas tant de livres que ça qui en parlent.

Caryl Férey nous plonge dans l'univers sordide des townships et des banthoustans (enfin, ce qu'il en reste), de tout cet inframonde des Noirs qui ne se sont pas hissés jusqu'à la classe moyenne et qui subissent chômage, misère, sida, violence des gangs (foutue violence indeed). Sur fond de comptes non réglés avec les anciens appareils collabos, entre militants de groupes rivaux ou nostalgiques du "développement séparé".
Si on ajoute à tout ça de grosses multinationales sans scrupules autant qu'avides ("toute ressemblance..."), des milices privées et une mafia d'immigrés Nigérians, on obtient quelque chose de pas franchement réjouissant. De ce point de vue, c'est réussi. La peinture de l'Afrique du Sud d'aujourd'hui effraie, désespère, autant qu'elle renvoie aux grands problèmes désormais universels de la mondialisation libérale.

Par contre, j'ai trouvé l'écriture pas terrible, et les personnages un peu creux. A l'image du héros, un Zoulou chef de la Criminelle du Cap, dont les rapports avec son passé, sa mère, ses collègues et les femmes sont à peine esquissés, jamais vraiment approfondis. C'est curieusement d'un personnage secondaire que l'on apprendra le plus (ses relations difficiles avec son fils et son ex-femme, son passé de Blanc opposant au régime...) au point qu'on finit par se demander quel est le personnage principal, quel est le fil conducteur du récit. Sans que ce soit visiblement un effet littéraire destiné à perdre volontairement le lecteur dans un dédale de récit fragmenté (on est loin de David Peace, hein, bon).

De plus, l'enquête suit un cheminement étrange, avec des incohérences gênantes. Exemple : la presse publie des détails secrets de l'enquête en cours (sans qu'on sache jamais d'où est venue la fuite, d'ailleurs), mais reste muette sur un massacre à l'arme automatique dont plusieurs flics sont victimes...
Quand on s'est un peu habitué à la rigueur d'un Connelly ou d'un Mankell, on aime bien qu'une enquête de flics ressemble à une enquête de flics (sinon, on se sert d'un privé ou d'un journaliste...) : avec des interrogatoires, des réunions, des rapports au supérieur (qui fait chier en général), des procédures, des commissariats et leurs ambiances...

Voilà, bon. Un conseil pour finir : pour "l'Afrique du Sud côté obscur", on lira sans risque d'être déçu (ouais, enfin, de mon point de vue, hein) les polars de Deon Meyer, un très bon auteur Sudaf.