41uVomLpWrLLa griffe du chien, Don Winslow, Fayard Noir, 2007. Traduction de Freddy Michalski

America caboudin

Bon, alors là il me faut commencer par une râlante : ou Michalski (qui traduit James Ellroy, hein, quand même...) était à plat, ou il a confié le boulot à Babelfish, ou l'équipe de lecteurs-correcteurs était composée exclusivement de lycéens en stage de découverte de l'entreprise, mais c'est effarant à quel point ce bouquin est bourré de fautes !!! Incroyable... La Direccion Federal de Seguridad mexicaine est un coup DFS (logique), un coup DSF, les FARC colombiennes deviennent "le FARC" et leur lider, "Tirofijo" ("tire juste"), "Tirofio", la NSA... NASA !! Et ce n'est pas pour "prendre de la distance avec le réel", hein, parce que tout le reste, ça colle. Et l'orthograaaaphe, qu'on se croirait presque sur un blog d'ado.

Ouuuuh !! Fayard, gros nuuuuls !!!

Enfin, passons au fond de l'affaire, à savoir l'Oeuvre littéraire elle-même.

Eh bé j'ai eu un peu peur au début.

Ça commence avec un agent de la DEA Etats-Unienne (l'agence en charge de la lutte anti-drogue) ancien... Force spéciale au Vietnam (hm !), gamin-du-barrio-qui-s'en-est-sorti-à-la-force-du-poignet (hmm !), papa gâteau de charmants bambins (un garçon, une fille), époux fidèle d'une femme merveilleuse et qui l'adore (même si elle le taquine un peu sur ses opinions politiques, la coquine, c'est une libérale). Qui a une crise de conscience parce que sa lutte juste pour la Justice a fait d'innocentes victimes collatérales, et que, vraiment, ça le chagrine. Hmmmmm ! Que je me suis dit, encore une de ces merdes amerloques à la Littell ou Clancy qui va nous expliquer toute la justesse de leur juste lutte contre le Mal (narcos gominés qui roulent les "r" ce coup-ci).

Puis on enchaîne sur l'itinéraire d'un gamin du hood new-yorkais, irlandais-américain qui grimpe presque malgré lui dans la Mafia, un peu à la Il était une fois l'Amérique... Et là, je me suis demandé combien de clichés on allait encore devoir s'enfiler (en fait, quelques-uns : la pute au grand cœur, le curé rouge inflexible, les narcos mexicains super-super méchants...)

Mais curieusement, ça prend.

Ben oui, en fait, parce qu'aux clichés sûrement regrettables, Winslow mélange ce qui ressemble beaucoup à de la vraie histoire : collusions narcos-CIA-Mafia pour financer et armer la guerre sale que ce grand pays démocratique a mené (et mène, pas vrai Hugo ?) dans son arrière-cour où il ne faudrait pas que les Rouges viennent foutre le bordel et menacer la démocratie, la liberté et les affaires. Contras au Nicaragua, paramilitaires au Guatemala ou en Colombie, toute la glorieuse geste que Littell n'a pas dû avoir la place de conter dans le prolixe La Compagnie (qui, avec du recul, est vraiment une merde)...

La bonne conscience hypocrite ricaine est noyée dans la poudre et le sang, comme à peu près tous les protagonistes de l'histoire.

Le tout dans un style qui, bien que honteusement trahi par l'édition française, ne manque pas de rythme, avec des scènes de violence tout à fait cinématographiquement efficaces. Peut-être Winslow a-t-il pensé à une éventuelle adaptation sur grand écran ?

Je renouvelle donc ma confiance de lecteur à l'ami Laherrère, et plein d'une folle intrépidité termine ici ce message pour ouvrir le dernier Caryl Férey...