Du noir mais pas que

Du noir, du polar... Le plus souvent

19 avril 2008

Inland Empire - David Lynch

inland









Inland Empire

A David Lynch experience. 

Parler d'un film comme ça, c'est un peu casse-gueule. Tant pis. J'ai trop aimé.

C'est du film d'auteur, pour sûr. On y retrouve les thèmes et obsessions du maître. Mais c'est la forme, surtout, qui déroute, bouscule, dérange et surtout, captive. Et ne ressemble à rien d'autre qu'à du... Lynch.

D'abord, les images sont sublimes (même dans l'expression de l'horreur absolue, la terreur abjecte, l'angoisse totale...), bien que filmées en numérique, avec du matos de documentariste free-lance.

Ensuite...

Se demander ce que ça "raconte", c'est peut-être se poser une mauvaise question.

Certes, on peut dégager quelques "histoires" dans ce chaos narratif, qui rappelle celui d'Eraserhead, premier long métrage de Lynch (déjà très très angoissant).

Mais ça ne suffira pas à "dire" tout le film.

Donc, ça raconte :

Une femme, interprétée par Laura Dern (époustouflante, tant pis si le qualificatif est un peu galvaudé).
Une actrice. En tous cas le plus souvent. Ou alors une pute des trottoirs d'Hollywood ? Qui "joue" qui ? Qui fantasme qui ?
C'est à dire que dans sa tête c'est un beau bordel.
Elle perd la notion du temps, mélange avant/après, rêve, délire, cauchemar, fantasme, et réalité...

Mais aussi : traite des blanches, trafic de femmes, hommes violents...

Mais aussi : scènes de vie d'une famille d'hommes-lapins hiératiques, terriblement flippants. Avec rires enregistrés en bande-son : encore plus flippant.

Et encore : des bouts de trucs inclassables. Hermétiques.

Fragments d'histoires confusément entremêlés (dans la tête de qui ???).

Et quelques instants de grâce.
De pure beauté.

A défaut donc de pouvoir dire ce qu'Inland Empire raconte, on peut essayer de cerner, un peu, de quoi ça parle.

Hm... De cinéma. Le film s'ouvre par le récit d'un début de... tournage de film. Le "cinéma dans le cinéma". Il y a aussi le motif récurrent du trottoir "of fame", celui avec les étoiles et les noms de... stars dedans. Sur lequel tapinent des filles de l'Est. Et où meurt (pour de faux ?) notre héroïne. Ça rappelle Mulholland Drive, ça...

De passion. D'amour fou (au sens propre). D'érotisme brûlant. De jalousie violente et maladive. De la domination brutale des hommes sur les femmes. On repense à Dennis Hopper dans Blue Velvet.

De folie, surtout. En fait, plus qu'un thème du film, c'est le prisme au travers duquel tout le reste est perçu. Paranoïa, schizophrénie, délires hallucinatoires... On retrouve la question du dédoublement de personnalité, thème "lynchéen" s'il en est (Laura Palmer dans Twin Peaks, le héros de Lost Highway, l'héroïne de Mulholland Drive sont tous, à des degrés divers, touchés par cette fissure psychique).

Ce n'est pas tout, mais à moins d'y consacrer des pages et des pages, on ne fera pas le tour de ce que l'on "voit" dans les trois heures de ce film.

Et Lynch s'attache à prévenir par avance toute interprétation définitive et exhaustive du film. Quelque soit l'angle d'analyse ou d'explication choisi, il y a toujours quelque chose qui "ne colle pas"... Ça horripile ou ça fascine.

Moi, ça me fascine complètement.

Posté par Pedrozoreyo à 15:00 - Cinéma - TV - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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