02 avril 2008
Romanzo criminale - Giancarlo de Cataldo
Romanzo Criminale, Giancarlo De Cataldo (traduction de Catherine Siné et Serge Quadruppani), Métailié, 2006
A lire. Les yeux fermés. (Euuh...)
A relire en passant quelques passages de ce blog, je m'aperçois qu'il y a pas mal de bouquins dont je parle pour en dire du mal. C'est vrai que quand c'est pas terrible il faut le dire, mais on finirait par se lasser : c'est tellement dans l'air du temps de se répandre en méchancetés et en petits commentaires fielleux...
Alors j'ai cherché dans mes lectures presque récentes quels livres m'avaient vraiment emballé. Et je me suis souvenu de celui-ci. Romanzo Criminale. Evacuons tout de suite la question de l'adaptation cinématographique. Elle est très bonne. Mais, évidemment, ne restitue qu'une partie de ce récit foisonnant. Et c'est un peu frustrant, comme toujours.
Car c'est une vraie saga, dense, touffue,un peu à la manière du film Il était une fois l'Amérique, de Sergio Leone. Ca pourrait d'ailleurs s'appeler Il était une fois l'Italie des années 70 (tiens, on y revient...). C'est l'un de ces livres qu'on a beaucoup de mal à lâcher, et qu'en même temps on a envie de faire durer, de savourer...
Giancarlo de Cataldo est juge auprès de la cour d'assises de Rome, on peut imaginer qu'il connaît bien son sujet... Il s'agit de la "bande de la Magliana" qui domina la Ville Eternelle (oui, on a droit aux clichés, si on n'abuse pas !), côté obscur, durant les décennies 70 et 80. Pas vraiment la Mafia, pas la N'drangheta, cette bande-là n'est pas une famille. Plutôt une horde de chiens sauvages, affamés et ambitieux. Et qui n'a pas froid aux yeux. C'est à coups de flingues et de... coglioni (scusi !) qu'elle va bâtir son royaume.
Comme dans le film de Leone, ça commence avec une bande de gosses des rues, et la mort de l'un d'entre eux qui va sceller leur destin à tous : Le Libanais, le Froid, le Buffle, Ricotta, le Dandy, le Rat, le Noir...
Il y a aussi un flic intègre, tenace façon bouledogue, et qui dispute au Dandy le cœur et le corps de la fatale Patrizia...
Ça nous parle d'amitiés à la vie à la mort, de trahisons, d'amours compliquées, de courage et de saloperies...
Parce que nos héros ne sont pas des jeunes communiants, on s'en doute. Les "années de plomb" vont entraîner la collusion entre le milieu, les fascistes, la P2 et les barbouzes... Joyeux mélange, qui accouchera entre autres de l'attentat de la gare de Bologne en 1980... On plonge au cœur des couloirs les plus nauséabonds de l'État italien et de sa "stratégie de la tension". A côté de ce cloaque, les truands apparaissent presque... nobles, avec leur code d'honneur et leur superbe.
C'est épique, rocambolesque, tragique... C'est très, très bien.
Un p'tit morceau, pour goûter :
"Le morpion hocha la tête. L'homme sourit. Délicatement, il plaça le canon sur le front du garçon et lui tira entre les yeux. Indifférent aux pleurs, aux bruits de pas, aux sirènes qui approchaient, il leur tourna le dos et, pointant l'arme contre cette putain de lune, hurla, avec tout le souffle qu'il avait dans le corps :
- Moi, j'étais avec le Libanais !" (Prologue)