08 mars 2008
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Stieg Larsson
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, Millenium T. 1, Stieg Larsson, Actes Sud, col. Actes Noirs
Un vrai chef d'œuvre du genre
Contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre, il ne s'agit pas d'un pamphlet rétrograde, mais d'un ex-cel-lent polar.
On ne va pas dire grand chose de l'histoire, on a trop apprécié de la découvrir page après page pour priver les futurs lecteurs de ce chef d'œuvre (oui, oui) du plaisir de la découvrir.
Sachez seulement qu'on y trouve un journaliste d'investigation honnête et opiniâtre (et condamné pour diffamation), une hackeuse surdouée, gothique et sociopathe, victime d'un complot d'État (et très forte à la bagarre), de gros méchants, bien tarés et bien vicieux, des secrets de famille très très inavouables, et des secrets d'État très très inavouables aussi.
J'ai adoré ces personnages, l'intrigue particulièrement retorse, les rebondissements, et un côté finalement un peu plus sobre que dans les thrillers américains : ici, pas de torture à tour de bras, de super-flics ultra-violents, de scènes de guerre urbaine. On est en Europe, et du Nord qui plus est.
On ne peut que déplorer la disparition de son auteur, quelques jours à peine après avoir remis son manuscrit à l'éditeur, comme dans un roman...
Pour se consoler, on se jettera sur les deux autres tomes de la trilogie. Dès qu'on aura refermé le premier.
Flashpoint - Mainak Dhar

Flashpoint, Mainak Dhar, Actes Sud, col. Actes Noirs, 2008
Un war-game romancé
Bon, on est averti d'emblée : au départ ce roman n'était envisagé que comme un "exercice dans le genre du war game", dixit son auteur.
C'est vrai qu'on y apprend pas mal de choses sur comment remettre au goût du jour des chars russes un peu obsolètes, ou comment se monter une armée de l'air pour pas trop cher.
Il faut dire que contrairement à la plupart des romans de politique-fiction, celui-ci ne développe pas une énième version des Etats-Unis sauvent le monde du péril rouge/du fanatisme islamiste/du terroriste surdoué qui leur en veut à mort pour x raisons (femme et enfants massacrés malencontreusement, en général)
M. Dhar est Indien, féru de chose militaire, et c'est donc du côté du sous-continent que se joue le sort (d'une partie, il reste modeste) du monde. Entre l'Inde, donc, et son voisin et ennemi de toujours, le Pakistan, tombé sous la férule des pires extrémistes musulmans... Le PIB des protagonistes limite un peu le déballage technologique et le recours massif aux machines de guerre genre "desert storm", mais attention, hein, on a quand même affaire à deux puissances nucléaires. Pression il y a, tout de même...
C'est bourré de citations de Sun Tse et de Clausewitz (on sent qu'on sera plus fort aux échecs, après), c'est aussi très bien documenté, et ça se veut très réaliste.
Mais pour faire de cet "exercice" un roman, M. Dhar nous fabrique des personnages un peu lisses, la plupart beaux-sportifs-moralement-bien-droits-dans-leurs-bottes-avec-du-courage-à-revendre (pour les gentils), ou vraiment pas gentils, pour les méchants. Avec ce qu'il faut de pas trop pourris chez les pourris pour pouvoir faire la paix à la fin, quand même.
Bon, là c'est un peu balourd et les ficelles sont plutôt des cordages de marine (de destroyers classe III).
N'empêche, pour ceux qui aiment bien le kaki-bleu marine (en virtuel), c'est plaisant, assez original, et plutôt bien construit.

La dernière arme - Philip Le Roy
La dernière arme, Philip Le Roy, Points Thriller, 2007.
La libre entreprise sauvera le monde
Ca commence plutôt bien : dans un monde presque contemporain, où les gros problèmes semblent commencer à se résoudre (pollution, Moyen-Orient, etc.), commence une série de disparitions complètement mystérieuses. Des jeunes filles qui se volatilisent, littéralement, sous les yeux mêmes de témoins abasourdis. Elles sont toutes belles, brillantes... Et proches, très proches des grands de ce monde. Tataaaa ! Ca sent bon le thriller planétaire, la guerre de barbouzes, la mafia-toute-puissante-qui-étend-ses-tentacules, bref, du costaud, du bon, du lourd. On s'apprête à savourer un Jason Bourne de chez nous, un James Bond frenchie...
Justement, voici le héros qui arrive. Il doit être vraiment très spécial pour qu'on aille le chercher au fond du fond du trou du cul du monde où il vit, retiré sur une plage, de méditation zen et de l'air du temps (ah oui, et de la pratique intensive des arts martiaux, ça lui servira). Hum, on espère qu'on ne nous fera pas le coup du "nan, j'irai pas, le monde c'est du caca, qu'il se débrouille tout seul !"
Euh, ben... Si. Car Monsieur a perdu sa femme chérie dans d'atroces circonstances, alors, ça va, le monde, il a déjà donné.
Donc il refuse l'enquête et le bouquin finit à la page 20.
Meuuuh nooon !! Finalement il veut bien, quand même. Bon, on tord un peu la bouche, mais on continue (après tout, on l'a payé, le livre). En plus d'être un vrai philosophe, façon Van Damme qui aurait lu un Découvertes Gallimard sur Les philosophies orientales ("pour sortir d'une impasse, il faut reculer", "la nuit ne fait pas d'ombre", etc. ), c'est un super-super profiler : si tu lui montres une rédaction de CM2 d'un disparu, il sait te dire si le tueur est sorti par l'ascenseur ou l'escalier... Bon, on passe outre, et on décide de faire avec, quand même. L'histoire se déroule, à un rythme soutenu comme il se doit, et les mystères s'accumulent. De ce point de vue, ça va, en gros. Monsieur Le Roy a lu ce qu'il fallait de Ludlum (voire de Clancy, le soupçonne-t-on), et il tricote correctement son suspense. On saute du Japon à l'Afrique, de la Sicile aux Balkans, on passe des milliardaires paranos aux parrains de la mafia, ça se poursuit, ça se canarde et ça se cogne dur. On est dans les standards du genre.
Mais chacun sait qu'avec ce qui ressemble à un bon gros complot planétaire, on n'échappera pas à un petit laïus sur "le monde ne tourne pas rond, on va te le niquer/sauver (là, on ne sait pas encore) une bonne fois pour toutes". Qui sont ces super-executive-women ? Des Mata-Hari altermondialistes ? Des agentes secrètes de la Banque Mondiale et du FMI ? Et qui les pourchasse ? Pour le mieux ou pour le pire ? Qui sont les vrais gentils dans ce monde de faux-semblants et de collusions inavouables ??
Et puis... Catastrophe. Le discours.
"La mondialisation apporte du travail et de la richesse au plus grand nombre, sans tenir compte des frontières, ni des régimes politiques. La croissance économique réduit la pauvreté plus efficacement que les gouvernements corrompus, les juntes militaires ou les ONG qui médiatisent des clichés d'enfants décharnés pour renflouer leurs comptes bancaires"(c'est page 291)
Celle qui dit ça, pas encore volatilisée, c'est une de ces amazones qui sauve le monde. Elle, c'est en implantant une usine Coca-Cola en Ethiopie (si, si).
On espère, un peu fébrile, le second degré, le retournement, le clin d'œil de l'auteur, mais... Non. Il y croit vraiment, à son speech. Et en remettra encore quelques couches, au cas où. Il faut dire que Philip Le Roy a beaucoup voyagé, il connait donc le monde, le vrai. Il ne fait pas dans le bien-pensant-occidental-de-gauche. Et le dit sur son blog.
Bon, ben après notre héros trouve une île secrète, genre L'homme au pistolet d'or, sauve un régiment de putes des mains cruelles d'affreux trafiquants albanais, tue plein de mafieux russes, de Serbes sadiques, dévoile le secret des disparitions (des opérations des services secrets du monde entier, hyper-bien menées. Ouais, ouais, c'était ça, en fait...).
Et conclut par un regard désabusé sur le monde.
On peut éviter, donc.

