La_derni_re_armeLa dernière arme, Philip Le Roy, Points Thriller, 2007.

La libre entreprise sauvera le monde

Ca commence plutôt bien : dans un monde presque contemporain, où les gros problèmes semblent commencer à se résoudre (pollution, Moyen-Orient, etc.), commence une série de disparitions complètement mystérieuses. Des jeunes filles qui se volatilisent, littéralement,  sous les yeux mêmes de témoins abasourdis. Elles sont toutes belles, brillantes... Et proches, très proches des grands de ce monde. Tataaaa ! Ca sent bon le thriller planétaire, la guerre de barbouzes, la mafia-toute-puissante-qui-étend-ses-tentacules, bref, du costaud, du bon, du lourd. On s'apprête à savourer un Jason Bourne de chez nous, un James Bond frenchie...
Justement, voici le héros qui arrive. Il doit être vraiment très spécial pour qu'on aille le chercher au fond du fond du trou du cul du monde où il vit, retiré sur une plage, de méditation zen et de l'air du temps (ah oui, et de la pratique intensive des arts martiaux, ça lui servira). Hum, on espère qu'on ne nous fera pas le coup du "nan, j'irai pas, le monde c'est du caca, qu'il se débrouille tout seul !"
Euh, ben... Si. Car Monsieur a perdu sa femme chérie dans d'atroces circonstances, alors, ça va, le monde, il a déjà donné.

Donc il refuse l'enquête et le bouquin finit à la page 20.

Meuuuh nooon !! Finalement il veut bien, quand même. Bon, on tord un peu la bouche, mais on continue (après tout, on l'a payé, le livre). En plus d'être un vrai philosophe, façon Van Damme qui aurait lu un Découvertes Gallimard sur Les philosophies orientales ("pour sortir d'une impasse, il faut reculer", "la nuit ne fait pas d'ombre", etc.  ), c'est un super-super profiler : si tu lui montres une rédaction de CM2 d'un disparu, il sait te dire si le tueur est sorti par l'ascenseur ou l'escalier... Bon, on passe outre, et on décide de faire avec, quand même. L'histoire se déroule, à un rythme soutenu comme il se doit, et les mystères s'accumulent. De ce point de vue, ça va, en gros. Monsieur Le Roy a lu ce qu'il fallait de Ludlum (voire de Clancy, le soupçonne-t-on), et il tricote correctement son suspense. On saute du Japon à l'Afrique, de la Sicile aux Balkans, on passe des milliardaires paranos aux parrains de la mafia, ça se poursuit, ça se canarde et ça se cogne dur. On est dans les standards du genre.

Mais chacun sait qu'avec ce qui ressemble à un bon gros complot planétaire, on n'échappera pas à un petit laïus sur "le monde ne tourne pas rond, on va te le niquer/sauver (là, on ne sait pas encore) une bonne fois pour toutes". Qui sont ces super-executive-women ? Des Mata-Hari altermondialistes ? Des agentes secrètes de la Banque Mondiale et du FMI ? Et qui les pourchasse ? Pour le mieux ou pour le pire ? Qui sont les vrais gentils dans ce monde de faux-semblants et de collusions inavouables ??

Et puis... Catastrophe. Le discours.
"La mondialisation apporte du travail et de la richesse au plus grand nombre, sans tenir compte des frontières, ni des régimes politiques. La croissance économique réduit la pauvreté plus efficacement que les gouvernements corrompus, les juntes militaires ou les ONG qui médiatisent des clichés d'enfants décharnés pour renflouer leurs comptes bancaires"(c'est page 291)
Celle qui dit ça, pas encore volatilisée, c'est une de ces amazones qui sauve le monde. Elle, c'est en implantant une usine Coca-Cola en Ethiopie (si, si).

On espère, un peu fébrile, le second degré, le retournement, le clin d'œil de l'auteur, mais... Non. Il y croit vraiment, à son speech. Et en remettra encore quelques couches, au cas où. Il faut dire que Philip Le Roy a beaucoup voyagé, il connait donc le monde, le vrai. Il ne fait pas dans le bien-pensant-occidental-de-gauche. Et le dit sur son blog.

Bon, ben après notre héros trouve une île secrète, genre L'homme au pistolet d'or, sauve un régiment de putes des mains cruelles d'affreux trafiquants albanais, tue plein de mafieux russes, de Serbes sadiques, dévoile le secret des disparitions (des opérations des services secrets du monde entier, hyper-bien menées. Ouais, ouais, c'était ça, en fait...).

Et conclut par un regard désabusé sur le monde.

On peut éviter, donc.